« San Mamés ? C’est plus fort qu’une cathédrale »
L’Athletic Club de Bilbao a invité le technicien français, ex-coach des deux formations, à assister à la rencontre de la 6e journée de la Ligue des champions de l’UEFA entre Athletic et Paris Saint-Germain de mercredi. Il évoque avec émotion ses quatre années dans le nord de l’Espagne, entre 1996 et 2000.
Propos recueillis par Propos recueillis par Christophe Bérard
LE PARSIEN de mardi 9 décembre 2025
« SI C’EST pour parler de Bilbao, vas-y, j’ai tout mon temps. » Au bout du fil, la voix de Luis Fernandez s’est adoucie d’un seul coup. L’ex-coach du PSG a toujours clamé que son cœur était rouge et bleu. Mais son passage entre 1996 et 2000 à la tête de l’Athletic Bilbao lui a fait élargir le palpitant pour y intégrer l’écusson du club basque. Là-bas, il est devenu une référence encore révérée aujourd’hui pour avoir porté l’équipe à une 2e place en Liga (1998), synonyme de qualification en Ligue des champions. À Bilbao, Luis Fernandez est, pour la vie, El Machote (le Viril). Il se souvient avec émotion de ses quatre ans basques.
Quitter Paris après la victoire en Coupe d’Europe
« Je sortais d’une victoire en Coupe des coupes et j’avais décidé de partir du PSG. Le directeur sportif et le directeur financier sont venus me voir pour discuter. L’accord a été vite donné. Je fais partie de la communauté espagnole, la Liga me plaisait et la spécificité de ce club aussi. Il a 127 ans et n’est jamais descendu en deuxième division. Et la philosophie basée sur l’identité basque est fabuleuse. Là-bas, j’ai eu la chance d’être le coach lors de la 100e année du club. Un honneur. »
« Outre Pierre Alonzo, mon fidèle adjoint pour lequel j’ai toujours une pensée, je m’étais entouré de quelques légendes du club comme José Angel Iribar, un des plus grands gardiens du club. J’avais la chance d’être hispanophone, mais là- bas, il faut vite apprendre quelques notions de basque. Encore aujourd’hui, j’ai quelques mots qui me reviennent. C’est juste des choses comme Bonjour, bonsoir, au revoir. Mais elles t’aident à te faire accepter. On est donc partis avec ma femme et mes enfants sans se douter quand même qu’on passerait quatre années qui nous marqueraient pour la vie. »
Un succès sportif immédiat
« La première saison, on a fini 6es, qualifiés pour l’Europe. Je veux bien croire que j’y étais pour quelque chose (sourire). L’Athletic, c’était plus qu’un club, une institution. Là-bas, le travail au quotidien, ça signifie quelque chose. Les mecs, ils avaient un truc dans les yeux : ne pas être les premiers à faire descendre l’équipe. Et avec cette envie au fond des yeux, c’était plus facile de bosser. La mentalité de bosseur était partout. Pour moi qui n’aime que cette ambiance avec des mecs qui pensent au club avant eux, c’était assez simple de réussir. »
« Cela paraît facile mais le foot, c’est d’abord cette base-là. Et elle n’existe pas dans tous les clubs. La saison suivante, en 1998, on a fini deuxièmes du championnat. Deuxièmes entre le Real Madrid et Barcelone. Trente ans après, j’en suis toujours aussi fier. »
L’identité basque
« Tu sais ce que c’est, San Mamés ? Il faut y aller pour comprendre ce stade. Cela ne se raconte pas. On dit que c’est une cathédrale mais c’est plus fort encore. Des supporters magnifiques qui encouragent, du début à la fin. Ils te portent. Je me souviens du jour où on s’est qualifiés pour la Ligue des champions, on a traversé la ville en bus, c’était magique, c’était fort, c’était grand. Ce jour-là, je n’étais pas Luis Fernandez né à Tarifa et qui a grandi aux Minguettes. J’étais basque. Cette soirée est ancrée en moi. Aujourd’hui, quand on me parle de sensibilité à l’autonomie basque, je sais ce que cela signifie. Cette différence, je l’ai comprise. J’y suis sensible. »
La leçon du président
« J’ai une anecdote avec le président. Un jour, je l’interpelle : Président, vous ne me demandez jamais la composition d’équipe, vous ne venez jamais à l’entraînement. Après un match, vous ne me demandez rien. Je pensais qu’il s’en foutait. Il répond : Très bien. Rendez-vous demain à 10 heures au siège. J’appelle ma femme et je lui dis que j’ai un peu dépassé les limites et que je risque de le payer. Le lendemain, je suis au siège à l’heure prévue. Le président me prend par le bras et me dit : Tu vois là-bas, c’est le bureau des socios. Et là-bas, c’est le bureau administratif. Ici, c’est le marketing et là, c’est le financier. Plus loin, c’est mon bureau. Je m’occupe d’eux et ils sont contents de ça. Et moi, je suis très content de la manière dont tu t’occupes de l’équipe. Mais chacun doit être à sa place. »
« C’était la première fois que j’entendais ça. Ça changeait de pas mal de clubs que je connaissais, et pas seulement de Paris. Il y a tellement de clubs où tu as des gens qui n’ont rien à y faire à part se mêler des choses juste pour être en avant. Quand chacun reste à sa place, c’est parfait. Sauf qu’avant Bilbao, je ne pensais pas que ça pouvait exister ! »
El Machote pour la vie
« C’est mon surnom là-bas. Ça veut dire le Viril. Ça permet de me mettre en valeur et je trouve ça sympa (sourire). On m’appelle aussi LuisFer qui est un surnom rappelant la Ligue des champions. On avait par exemple rencontré la Juve de Zidane et Deschamps chez nous et les gens s’en souviennent encore. Je ne dirais pas que j’ai marqué les Basques, mais ils savent que j’ai fait remarquablement bien mon travail. Surtout grâce à tous mes adjoints dont aucun n’était là pour me savonner la planche. Tout le monde est là pour respecter l’histoire de l’Athletic, pas pour s’en servir. Au musée du club, il y a ma photo, et c’est une grande fierté. »
Le mouchoir d’Antic
« Radomir Antic était le coach de l’Atlético de Madrid quand j’étais à Bilbao. On se chauffait même si je l’admirais. Mais il n’arrêtait pas de se plaindre. Après un match, je suis arrivé en conférence de presse après lui et j’ai vu un mouchoir en papier. J’ai demandé si la personne avant moi avait pleuré. Cela a fait rire tout le monde et les fans m’en parlent encore. Ce n’était pas méchant et j’avais juste fait du Luis ce soir-là. »
Partagé entre le PSG et Bilbao
« J’ai trois clubs dans mon cœur. L’AS Cannes, qui m’a tendu la main quand j’étais blessé. Sans lui, je n’aurai pas rejoué. Mais il y a surtout Paris où j’ai grandi, tout connu et tout gagné, comme joueur et entraîneur. J’ai le PSG en moi. Mais j’ai fait une place pour Bilbao. Ces quatre années là-bas m’ont donné beaucoup en amour et en confiance. Pour ce match, je serai forcément partagé. Et je le verrai en direct puisque les dirigeants de Bilbao ont eu la délicatesse de m’inviter
Last modified: December 11, 2025