La Fédération internationale de judo (IJF) est devenue, la semaine dernière, la première fédération sportive internationale à décider officiellement la réintégration, sans conditions, des athlètes russes dans ses compétitions. La décision est tombée juste la veille du Grand Chelem d’Abu Dhabi, un tournoi international de judo organisé aux Emirats arabes unis (NDLR : lire par ailleurs, notre note d’information en page 7). Les judokas russes, comme tous les sportifs internationaux de cette vaste république, étaient mis au ban de la communauté sportive internationale depuis mars 2022 et l’invasion armée de la Russie en Ukraine.
Qu’est-ce qui a donc fait reculer la Fédération internationale de judo, plus de trois ans après ? Dans un communiqué officiel publié jeudi dernier, la IJF explique que « les athlètes ne sont pas responsables des décisions des gouvernements ou autres institutions nationales, et il est de notre devoir de protéger le sport et nos athlètes ». Enfin, dois-je m’exclamer ! Car depuis le premier jour de cette décision à mon sens inique d’exclure les athlètes de nationalité russe des compétitions internationales, sous le prétexte que leur pays a attaqué son voisin l’Ukraine, j’ai exprimé ma vive préoccupation. Et je suis donc amplement soulagé aujourd’hui que l’une des fédérations sportives internationales de premier plan ait fait un rétropédalage sec, en reconnaissant qu’il serait très injuste de punir des sportifs pour des actes commis par d’autres personnes en l’occurrence leurs dirigeants politiques.
Quand un défenseur applique un tacle par derrière à un attaquant adevrse dans le football, l’arbitre lui brandit le carton rouge et la commission de discipline peut lui infliger plusieurs matches de suspension encore. Lorsqu’un cycliste ou n’importe quel athlète est contrôlé positif à un test antidopage, il subit seul les foudres des instances supérieures de son sport et de l’Agence mondiale antidopage (AMA), sous forme de longs mois parfois des années entières de suspension. D’où vient-il qu’un chef d’Etat déclare la guerre à un autre pays souverain et ce sont les professionnels du sport qui doivent en payer les pots cassés ? Si l’on ne peut pas réprimander sévèrement la poule, pourquoi s’en prendre aux pauvres et innocents poussins ?
La décision courageuse de la IJF tombe du reste bien : le judo est une discipline sportive dont l’un des pratiquants les plus célèbres au monde est Vladimir Poutine, le président de la Fédération de Russie, le pays qui a hérité de la grande puissance que fut l’Union des républiques socialistes et soviétiques (URSS), et dont le maître du Kremlin est obsédé par la reconquête de la grandeur d’antan. C’est ce Vladimir Poutine-là qui a pris, le 24 février 2022, la décision unilatérale de lancer une invasion militaire de l’Ukraine, un pays voisin ex-Etat fédéré de l’URSSS où la Russie était déjà présente militairement avec l’occupation depuis 2014 d’une partie du territoire ukrainien dans le Donbass.
Qu’ont alors fait les judokas, les footballeurs, les volleyeurs, les basketteurs, les gymnastes, les boxeurs, et tous les sportifs de haut niveau possédant le passeport de la Russie, pour qu’ils soient privés de compétitions internationales ? De belles carrières ses sont ainsi figées, quand elles n’ont pas été brisées totalement. Autrefois, ce sont les régimes autoritaires de l’ancien bloc de l’Est qui martyrisaient leurs sportifs avec des règlements loufoques restreignant notamment la libre circulation des athlètes en vue de la poursuite d’une carrière professionnelle bien rémunérée en Occident. Il est incompréhensible que ce soit les instances du sport international qui se muent aujourd’hui en bourreaux pour les sportifs russes.
« On ne saurait nier l’impact – négatif- de la politique sur l’activité sportive. De toutes les façons, quand il y a la guerre, toute la vie sociale est chamboulée et l’activité sportive ne fait pas exception. »
Les fans des équipes de Russie, totalement innocents et même ignorants de quoi que ce soit dans l’affaire de la guerre russo-ukrainienne, n’ont malheureusement plus eu le plaisir d’entendre l’hymne de leur pays retentir dans les stades ou le privilège de faire flotter le drapeau de leur pays, comme c’est le cas de tous les supporters de la terre.
On ne saurait nier l’impact – négatif- de la politique sur l’activité sportive. De toutes les façons, quand il y a la guerre, toute la vie sociale est chamboulée et l’activité sportive ne fait pas exception. On se souvient que la plus grande compétition du monde, la Coupe du monde de football, le sport le plus populaire, s’arrêta net au seuil de la 2ème Guerre mondiale et ne reprit qu’à la fin des hostilités et l’anéantissement de l’armée nazie. Et c’est pourquoi il y a un creux dans le palmarès de la Coupe du monde de football, entre l’édition de 1938 et celle de 1950, alors que cette compétition se joue tous les quatre ans.
Cependant, l’effort à faire c’est de limiter l’impact des soubresauts politiques sur la pratique du sport. Que l’UEFA autorise l’équipe de l’Ukraine à jouer ses matches à domicile depuis l’invasion russe ; que la FIFA donne la possibilité à la Palestine de présenter une équipe dans ses compétitions alors qu’il n’existe pas encore un Etat palestinien reconnu, voilà qui est réjouissant. Au lieu de profiter de la moindre étincelle dans un pays pour priver ses athlètes de leur raison d’être : la compétition sportive.
Last modified: December 23, 2025