Quand Yebga Maya offrait la Coupe de France à l’OM
Le grand attaquant camerounais, décédé ce dimanche 4 octobre 2026, avait été l’un des artisans de la victoire de l’Olympique de Marseille en finale, le 18 mai 1969, contre les Girondins de Bordeaux (2-0), comme l’évoquent les archives du quotidien L’Équipe et d’autres journaux d’époque.

Le club mythique du football français, l’Olympique de Marseille (OM), est resté longtemps le recordman de victoires en finale de la Coupe de France, ayant remporté dix de ses 19 finales disputées jusqu’en 2016. Mais la plupart de ces dix titres, Marseille les a trustés dans la première moitié du XXe siècle : six précisément. Le club soulève son septième trophée de la Coupe de France le 18 mai 1969, en dominant les Girondins de Bordeaux, qui en étaient à leur sixième finale perdue, dans les derniers instants de la finale disputée au stade olympique Yves-du-Manoir à Colombes. Très peu parmi les nombreux supporters camerounais de Marseille savent que l’un de leurs compatriotes fut au cœur de ce succès retentissant de 1969, 26 ans après la dernière coupe glanée par l’OM, en 1943.
Remporter la coupe nationale dans un pays a toujours un parfum particulier. D’abord parce que c’est généralement le chef de l’État qui préside la finale et remet le trophée au club vainqueur, ensuite parce qu’il s’agit de l’aboutissement d’un long parcours qui commence en 32e de finale pour les clubs de l’élite, mais plus loin encore pour les clubs amateurs ou des divisions inférieures. Tous les clubs affiliés à la fédération nationale de football y prennent en effet part, et donc parvenir en finale après avoir éliminé plusieurs adversaires en chemin revêt un prestige spécial.

Salué par Georges Pompidou
Longtemps avant Joseph-Antoine Bell, capitaine de l’OM malheureux finaliste contre le même Bordeaux de Giresse et Tigana en 1986 et en 1987 sous le président François Mitterrand, Joseph Yebga Maya, un costaud attaquant baroudeur, a vécu le frisson d’une finale de Coupe de France avec le club phocéen. Ironie de l’histoire, c’était aussi contre les Girondins de Bordeaux. Ce fut le 18 mai 1969 à Colombes, lors de la 52e Coupe de France, présidée par le tout nouveau président de la République française, Georges Pompidou, élu à la suite de la démission du général de Gaulle en avril de la même année.
Au terme d’un match âprement disputé, les Marseillais arrachent la victoire dans les dernières minutes. L’ouverture du score intervient à la 82e minute quand le défenseur latéral bordelais Gérard Papin marque contre son camp. L’international camerounais Joseph Yebga Maya va consolider l’avance marseillaise en donnant le coup de grâce aux Girondins à la 89e minute (2-0).
Devant 39 460 spectateurs, Marseille domine la finale dans le jeu mais échoue dans ses offensives face à une solide défense bordelaise contrôlée par André Chorda et… Gérard Papin. Ce dernier va malheureusement dévier dans ses propres buts un centre vicieux venu de la droite. Ayant accentué sa pression en seconde période, l’OM va être doublement récompensé, Yebga Maya reprenant victorieusement de la tête un ballon renvoyé par la défense après une lourde frappe de son coéquipier, milieu de terrain et capitaine, Joseph Bonnel, qui déclarera après le match : « C’est le plus beau jour de ma vie. » C’est toute l’équipe marseillaise qui plonge dans l’euphorie. L’emblématique président, Marcel Leclerc, tint sa promesse pour fêter son premier titre en allant plonger dans les eaux du Vieux-Port vêtu de son beau costume-cravate.

La presse n’est pas en reste, qui s’enflamme après le spectacle offert et le triomphe de Marseille. Cette finale de 1969 préfigurait d’ailleurs la rivalité épique entre Bordeaux et Marseille qui allait animer la fin des années 1980 et les années 1990 en France. « Un sommet explosif, la plus belle affiche du football français », s’exclame déjà Miroir du football. Le journal régional Le Dauphiné libéré décrira « la liesse marseillaise » après le retour de l’équipe gagnante dans sa ville. Cette septième Coupe de France fut un véritable boost pour le club phocéen, qui sauva sa place en Division 1 dans la foulée et poursuivit sur la lancée de la gagne au point de remporter, par la suite, le championnat de France deux années de suite, en 1971 et en 1972. C’était sans Joseph Yebga Maya, parti à Valenciennes en 1970.
En huit saisons sous les couleurs de l’OM, l’attaquant camerounais y a néanmoins laissé un grand souvenir, lui le 7e meilleur buteur de l’histoire du club. Être titulaire dans pareille équipe était déjà un mérite, surtout qu’à cette époque le nombre de joueurs étrangers était limité. Dans cette finale de Coupe de France jouée le 18 mai 1969, les deux étrangers alignés par Marseille étaient ainsi l’ailier suédois Roger Magnusson et l’avant-centre camerounais Joseph Yebga Maya. Quoique d’origine soviétique, le teigneux latéral droit Jean Djorkaeff, le père de Youri Djorkaeff, était bien l’un des internationaux français de cette formation marseillaise, tout comme Joseph Bonnel et les défenseurs Jean-Pierre Lopez et Jules Zvunka. Une dream team dont, sur la Canebière, la célèbre avenue du centre de Marseille reliant le Vieux-Port à l’église des Réformés, les fans les plus anciens se souviennent encore.
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