À Kasarani, le filet était trop haut
Battues 3-0 (25-19, 25-20, 25-20) jeudi soir 3 septembre à Nairobi, les Lionnes indomptables ont buté sur un Kenya souverain au service et sur une salle en fusion. Le Cameroun rentre avec des regrets — et une leçon.

Il y a des salles qui accompagnent et il y a celles qui dévorent l'adversaire. Jeudi soir, le Kasarani Indoor Arena n'a pas soutenu le Kenya : il l'a porté, poussé, propulsé, jusqu'à faire de chaque service camerounais une épreuve de nerfs. Vuvuzelas, tambours, une marée rouge-vert-noir debout dès l'échauffement — et, en face, des Lionnes indomptables condamnées à jouer contre un adversaire et contre un mur sonore. Trois sets plus tard, le verdict tombait, net, brutal, sans appel : 25-19, 25-20, 25-20. Le Kenya en finale. Le Cameroun à terre.
Le pire, dans cette histoire, c'est que le score ment un peu. Il dit une leçon ; il a été un combat. Mais un combat que les Camerounaises ont plus souvent mené avec une longueur de retard, rarement devant — le supplice de celles qui courent après sans jamais rattraper.
Le service kényan, cette arme de destruction
Dès l'entame, Geoffrey Omondi avait posé son plan sur la table : servir fort, servir long, servir partout. Et ses joueuses l'ont exécuté sur les six rotations, sans une baisse de régime, sans un temps mort dans l'agressivité. Le premier set s'emballe, le Cameroun perd le fil de sa réception, et le mur kényan — Meldina Sande en patronne, Josephine Kataa impeccable en défense basse — referme la porte à double tour. 25-19, une manche pliée avant même d'avoir commencé.
Le deuxième acte est celui de l'espoir. Les Lionnes s'accrochent, remettent du bras, retrouvent leurs ailes, contestent le filet. On sent alors qu'il y a quelque chose à jouer. Puis vient le moment que redoutent tous les entraîneurs : la faute au mauvais moment. Une, puis deux, puis trois. Le Kenya, lui, ne tremble pas. 25-20.
Le troisième set ? Le même scénario, en plus cruel encore. Le banc camerounais tente tout, brasse ses cartes, change de passeuse, change de pointue, cherche l'étincelle. Kasarani gronde à chaque point, hurle à chaque bloc. 25-20, et une salle entière qui explose.

Terry Tata, la pointue qui a fait basculer la nuit
S'il fallait désigner la coupable, elle a un nom et un poste : Terry Tata, pointue. Quatorze points, les plus lourds, les plus francs, ceux qu'on marque quand le set vacille et que personne n'ose plus prendre ses responsabilités. Sur les balles chaudes, c'est elle que ses coéquipières ont cherchée. Sur les balles chaudes, c'est elle qui a répondu.
Le symbole est presque trop beau. En août 2025, à Yaoundé, dans le fief des Lionnes, cette même Terry Tata était élue MVP et meilleure pointue du Championnat d'Afrique U20, offrant au Kenya un premier sacre continental chez les jeunes aux dépens… du Cameroun (3-1 : 26-24, 25-19, 26-28, 25-15). Un an plus tard, la gamine est devenue la patronne. Et la trajectoire d'une génération kényane s'est écrite en une phrase : ce qui s'est joué à Yaoundé chez les U20 se rejoue à Nairobi chez les grandes.
Côté Lionnes, Brandy Djeutchoko a bien tenté de mener la révolte (13 points au total), mais elle semblait bien être l'une des seules en réussite face à un rideau kényan hermétique. À ses côtés, en dépit de leurs efforts, pour ses coéquipières le filet a plus souvent semblé trop encombré de mains kényanes.
Les résultats à Nairobi
- Demi-finales : Kenya - Cameroun 3-0 (25-19, 25-20, 25-20) ; Rwanda - Égypte 0-3 (5-25, 17-25, 30-32)
- 3e place : Cameroun - Rwanda 3-0 (25-17, 25-16, 25-19)
- Finale : Kenya - Égypte 0-3 (22-25, 15-25, 15-25)
De notre envoyé spécial à Nairobi (Kenya), André-Michel Essoungou


