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Série · Les sélectionneurs du Cameroun

Les Yougoslaves : l'école du beau jeu et de la gagne

De Vladimir Béara à Rade Ognanovic, l'ancienne Yougoslavie a fourni au Cameroun des sélectionneurs qui se sont tous révélés des gagneurs.

Par Alfred Nyambelle IyaouaL'Actu Sport N° 14815 juillet 2026Yaoundé
Vladimir Béara, considéré comme le meilleur gardien de l'histoire de la Yougoslavie, sélectionneur du Cameroun de 1973 à 1975.

À l'époque, les Camerounais connaissaient la Yougoslavie à travers les livres d'histoire, où était raconté le rôle qu'avait joué son leader Josip Broz Tito pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la Grande Guerre, la Yougoslavie est une particularité en Europe : la nationalité y est distincte de la citoyenneté ; ainsi, on peut être citoyen yougoslave mais de nationalité croate.

Dans les années 1960, sur le plan sportif, aucun contact n'avait encore été établi entre le Cameroun et la Yougoslavie. Ce sera chose faite en 1973. Peter Schnittger parti, le Cameroun cherche quelqu'un pour le remplacer. Le dévolu sera jeté sur un Yougoslave : Vladimir Béara, citoyen yougoslave et de nationalité croate. Né le 26 août 1928, décédé le 11 août 2014, Vladimir Béara était considéré comme le meilleur gardien de buts de l'histoire de l'équipe nationale de Yougoslavie ; il compte 59 sélections. Arrivé au Cameroun en 1973, il ne qualifie pas le Cameroun pour les phases finales des Coupes d'Afrique des nations de 1974 et 1976. Cependant, à cette époque, lorsqu'un club était engagé en compétition internationale, il prenait le statut de l'équipe nationale et bénéficiait de l'encadrement du sélectionneur. C'est ainsi que Vladimir Béara va s'occuper de Tonnerre de Yaoundé, qui remporte en 1975 la première édition de la Coupe d'Afrique des vainqueurs de coupes.

Ivan Ridanovic (1976-1979) : un Yougoslave remplace un autre. Sa mission est de qualifier le Cameroun pour la phase finale de la CAN. Pour celle de 1978, le Cameroun est sèchement battu par le Congo-Brazzaville : la bande du capitaine Paul Nlend avait gagné le match aller 2-0 avant de recevoir une douche froide au retour à Brazzaville (0-4). En 1979, sur la route de la CAN 1980, les poulains d'Ivan Ridanovic, battus 3-0 par la Guinée à l'aller à Conakry, réalisent une belle remontée au retour grâce à un triplé de Roger Milla, mais sont éliminés aux tirs au but. Né le 6 janvier 1922 et décédé le 1er janvier 2007, Ivan Ridanovic ne repartira pas bredouille : il prend en charge Canon de Yaoundé, qui gagne la Coupe d'Afrique des clubs champions en 1978.

Zutic Branko (1979-1982) : le qualificatif qui colle le mieux à sa fin de parcours est l'ingratitude. Il est le sélectionneur qui permet aux Lions indomptables de retrouver la phase finale de la CAN en 1982, dix ans après leur dernière participation, et qui qualifie le Cameroun pour la première phase finale de Coupe du monde de son histoire, en 1982. Pourtant, il a été débarqué comme un malpropre. Sa faute : avoir réalisé trois matches nuls à la CAN 1982 en Libye (1-1 avec la Tunisie, 0-0 avec le Ghana et la Libye). Tout avait pourtant bien commencé, avec une sélection où figuraient Thomas Nkono, Grégoire Mbida, Théophile Abega, Ibrahim Aoudou, François Doumbé Léa et Roger Milla. Les matches du dernier tour éliminatoire de la Coupe du monde face au Maroc sont restés dans l'histoire comme des sommets du football africain : le 15 novembre 1981 à Kénitra, les Lions dominent 2-0, Thomas Nkono se permettant d'arrêter un penalty ; le 29 novembre à Yaoundé, devant le président Ahmadou Ahidjo, ils battent le Maroc 2-1 et qualifient le Cameroun pour sa première Coupe du monde. Né le 1er janvier 1932, Zutic Branko décède dans l'anonymat le 1er janvier 2003.

Rade Ognanovic (1982-1985) : né le 1er juillet 1933, décédé le 30 août 2011, il a été le sélectionneur des « premières ». En 1981, c'est lui qui qualifie l'équipe nationale junior et la conduit à la Coupe du monde en Australie. En 1984, c'est lui qui est à la tête des Lions indomptables pour la première victoire en finale de la Coupe d'Afrique des nations, en Côte d'Ivoire. Sur le chemin de ce premier sacre, ses poulains ont réalisé des merveilles : sèchement battus par le Mozambique à Maputo (0-3), ils renversent la tendance au retour (4-0) ; le Soudan passe ensuite à la trappe. À la phase finale à Abidjan, après un faux pas initial contre l'Égypte (0-1), le Cameroun se reprend (victoires sur le Togo 4-1 et sur la Côte d'Ivoire 2-0), sort l'Algérie aux tirs au but en demi-finale, et s'impose éclatante en finale sur le Nigeria (3-1). C'est l'apothéose, et c'est avec les honneurs que Rade Ognanovic quitte le Cameroun. L'ancienne République fédérale de Yougoslavie a ainsi fourni au football camerounais des sélectionneurs qui se sont tous révélés des gagneurs.

Ivan Ridanovic a dirigé les Lions indomptables de 1976 à 1979.

L'école yougoslave — quatre sélectionneurs

  • Vladimir Béara — 1973-1975
  • Ivan Ridanovic — 1976-1979
  • Zutic Branko — 1979-1982 (Mondial 1982)
  • Rade Ognanovic — 1982-1985 (CAN 1984)

Alfred Nyambelle Iyaoua

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