L'école française : le verre à moitié plein
Ils ont été huit entraîneurs français à diriger les Lions indomptables. Certains ont laissé de bons souvenirs, d'autres sont passés à côté.

Après la création de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) en 1959, le Cameroun passe à une autre étape : la mise sur pied de l'équipe nationale. Pour cela il faut recruter un sélectionneur. La France, ancienne puissance coloniale, met à la disposition du Cameroun André Raux. Ce sera le premier sélectionneur (1960-1963). André Raux est cadre technique et entraîneur itinérant (boxe, football) pour le compte de l'Institut national des sports (INS). En plus d'être entraîneur sélectionneur, il sert aussi comme cadre administratif à la Fécafoot et s'implique dans l'élaboration des textes qui permettront l'affiliation du Cameroun à la FIFA en 1962 et à la CAF en 1963. Le Cameroun livre son premier match international le 13 avril 1960 à Tananarive, à Madagascar, aux Jeux de la Communauté française. Le premier adversaire du Cameroun en match officiel est la Somalie française (actuel Djibouti), battue 9-2.
Lorsqu'il quitte le Cameroun, l'ancien milieu de terrain du Racing Club de Paris André Raux est remplacé par Dominique Colonna, qui est resté sur le banc de touche de 1963 à 1970. Gardien de buts, passé par le SO Montpellier, le Stade français, l'OGC Nice et le Stade de Reims, Colonna, décédé le 12 septembre 2023 à 95 ans, était le plus vieil international français encore en vie. Quatre fois champion de France, une Coupe de France et finaliste de la Coupe d'Europe des clubs champions (1959) avec le Stade de Reims, il compte 13 sélections en équipe de France et a participé à la Coupe du monde 1958. Au Cameroun, il est le premier sélectionneur professionnel. Sous sa direction, le Cameroun se qualifie pour la première phase finale de la Coupe d'Afrique des nations de son histoire, en 1970. Durant son passage, il aura pour adjoint le Camerounais Raymond Fobete.
Le qualificatif de pigiste colle bien au passage de Jean Vincent (1982) à la tête des Lions indomptables : juste le temps de la préparation et de la Coupe du monde 1982 en Espagne. Contre toute attente, en novembre 1981, les Lions indomptables s'étaient qualifiés pour leur premier Mondial en éliminant le Maroc. Logé dans le groupe 1, le Cameroun fait trois scores de parité : 0-0 face au Pérou et à la Pologne, 1-1 face à l'Italie. Le seul buteur camerounais à la Coupe du monde est Grégoire Mbida. À leur retour, Jean Vincent et ses poulains sont reçus en héros. L'honneur a été sauf.
Claude Marie Le Roy (1985-1988 et 1998) arrive au Cameroun en 1985 pour remplacer le Yougoslave Rade Ognanovic. En 1986 en Égypte, Claude Le Roy et ses poulains sont dépossédés de leur titre de champions d'Afrique par les Pharaons aux tirs au but. Deux ans plus tard au Maroc, les Lions indomptables frappent un grand coup : non seulement ils éliminent le Maroc pays organisateur en demi-finale, mais ils redeviennent champions d'Afrique en battant le Nigeria en finale. Malgré le sacre, Claude Le Roy quitte le Cameroun en raison de désaccords avec le ministre de la Jeunesse et des Sports de l'époque, Joseph Fofé. En 1998, il revient au Cameroun, juste le temps de conduire les Lions indomptables à la Coupe du monde en France, où le Cameroun est éliminé au premier tour.
Henri Michel (1994) est de la catégorie des sélectionneurs qui n'ont pas laissé un bon souvenir au Cameroun. Qualifié pour la Coupe du monde 1994 aux États-Unis, le Cameroun jette son dévolu sur lui. Les résultats ne seront pas à la hauteur : un nul contre la Suède (2-2) et deux lourdes défaites contre le Brésil (0-3) et la Russie (1-6), avec le retentissant record de cinq buts en un match de Coupe du monde établi par Salenko.
La particularité de Philippe Redon (1991-1992), c'est qu'il a été catalogué comme l'intellectuel du football : parallèlement à sa carrière de footballeur, il a mené des études de pharmacie. Il qualifie brillamment les Lions indomptables pour la CAN 1992 au Sénégal, où ils finissent quatrièmes après avoir éliminé le Sénégal de Claude Le Roy en quarts.
Pierre Lechantre (1999-2001) est le deuxième sélectionneur français à remporter la Coupe d'Afrique des nations avec les Lions indomptables ; c'était en 2000 à Lagos contre le Nigeria en finale. Dans la foulée, il est désigné par la CAF meilleur sélectionneur d'Afrique. Mais son passage fut tumultueux à cause des ingérences et des intrigues, et il est finalement poussé à la sortie après une Coupe des confédérations chaotique au Japon en 2001.
Paul Le Guen (2009-2010) n'a pas laissé un souvenir palpable : si la phase éliminatoire de la Coupe du monde 2010 se passe bien, la phase finale sera catastrophique avec trois défaites. Il est resté dans la mémoire des supporters comme celui qui a retiré le brassard à Rigobert Song. Enfin, Denis Lavagne (2012), plus connu comme entraîneur de Coton Sport de Garoua, n'a pas laissé de traces à la tête des Lions, dans une période creuse marquée par une élimination historique en qualifications de CAN face au… Cap-Vert.
Les huit sélectionneurs de l'école française
- André Raux — 1960-1963
- Dominique Colonna — 1963-1970
- Jean Vincent — 1982
- Claude Le Roy — 1985-1988 et 1998
- Philippe Redon — 1991-1992
- Henri Michel — 1994
- Pierre Lechantre — 1999-2001 (CAN 2000)
- Paul Le Guen — 2009-2010
- Denis Lavagne — 2012
Alfred Nyambelle Iyaoua



