Henri Michel dans la fournaise des Lions indomptables
Dans un entretien à France Football en juin 1994, le technicien français déversait son dépit sur le désordre qui entoura son court séjour au Cameroun.
Le Cameroun est l'un des grands absents de la Coupe du monde de football qui se joue depuis le 11 juin en Amérique du centre (Mexique) et du nord (Canada, États-Unis). Ce n'était pas le cas en 1994, quand les États-Unis organisèrent leur première Coupe du monde, tout seuls cette fois-là, un Mondial à 32 pays participants. Les Lions indomptables y étaient alors très attendus, eux qui, lors de l'édition précédente en 1990 en Italie, avaient fait sensation en devenant la première équipe africaine à atteindre les quarts de finale, non sans avoir dompté le champion du monde en titre, l'Argentine de Diego Maradona.
Il se trouve que, pendant que le monde entier attendait que les Lions rugissent à nouveau, le Cameroun s'est mis plutôt à se faire peur tout seul. Au point d'aller recruter, en urgence, comme sélectionneur un grand nom du football français et international : Henri Michel, ancien capitaine des Bleus, sélectionneur des médaillés d'or des Jeux olympiques de Los Angeles 1984 et demi-finaliste de la Coupe du monde 1986 avec l'équipe de France. Sauf que l'étoile de Michel pâlit depuis qu'il a été viré de l'équipe de France après un triste match nul à Chypre, et le technicien est au chômage depuis bientôt deux ans.
La Coupe du monde avec les Lions indomptables à la forte réputation, ça peut être un bon rebond, croit-il. Heureux de replonger en Coupe du monde, a-t-il pris le temps de bien étudier l'offre du Cameroun, d'en éplucher tous les contours ? Toujours est-il qu'à la veille du premier match de l'équipe du Cameroun à la World Cup 1994, Henri Michel accorde une longue interview étalée sur deux pages à France Football, « la Bible du football » comme dit la réclame. C'est un technicien désarçonné qui se confie à Laurent Moisset.
« Il y a beaucoup de choses qui ne m'ont pas plu. Que les gens par exemple ne s'agitent que pour des prétextes financiers. Tous ceux qui m'ont accusé n'ont qu'un mot à la bouche : le fric », se lamente Henri Michel. Et d'être précis : « Le problème, c'est qu'au Cameroun, tout le monde veut se faire de l'argent sur cette Coupe du monde. »
Le technicien français, visiblement, n'avait pas bien mesuré où il mettait les pieds et découvre, à l'épreuve, un vrai capharnaüm. Selon lui, les personnes en charge de l'administration de l'équipe nationale n'avaient que faire de ses performances. « Au-delà de mon rôle de sélectionneur, j'ai dû occuper la fonction de chef de presse, de directeur administratif, d'organisateur de matches amicaux. J'avais demandé que l'on joue au moins un match au pays avant la Coupe du monde. Quand je pense que l'on n'a même pas été capable de m'offrir ça, de l'offrir au peuple camerounais… » Dans ce contexte tendu, comment un entraîneur sorti 3e de la Coupe du monde 1986 a-t-il accepté de rester sur le banc jusqu'au Mondial américain ? L'intéressé répond : « Heureusement, mes joueurs sont merveilleux. »
Son contrat express s'achevait le 31 juillet, mais il laissait la porte ouverte à une prolongation. Celle-ci n'a plus été évoquée, après le désastre sportif : un nul encourageant au premier match contre la Suède (2-2) et deux lourdes défaites ensuite (3-0 contre le Brésil et surtout 5-1 contre la Russie de Salenko, auteur du record de cinq buts en un seul match de Mondial). La participation du Cameroun à cette Coupe du monde ne fut d'ailleurs pas seulement un échec sportif, mais aussi une catastrophe diplomatique avec quatre ministres arrivés en rangs dispersés aux États-Unis, et un hold-up organisationnel avec la fameuse opération « Coup de cœur » sur laquelle la lumière n'a jamais été faite. Et dire qu'il y en a qui croient que c'est aujourd'hui que la crise structurelle du football camerounais a commencé.
Hervé Charles Malkal



