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C'est le cœur qui joue, pas l'âge

Messi à 39 ans, Ronaldo à 41 : la presse occidentale s'émerveille de ses vétérans mais caricature l'âge des sportifs africains.

Par Emmanuel Gustave SamnickL'Actu Sport N° 14630 juin 2026Yaoundé

Nous avons entendu des commentateurs de la chaîne de télévision nationale CRTV Sport dire que « c'est l'expérience qui a permis à la Lituanie de prendre le dessus sur le Cameroun », parlant de la deuxième défaite en deux matches des Lionceaux de la balle orange qui prennent part à la Coupe du monde masculine de basketball U17, laquelle se déroule en ce moment en Turquie. Mais de quelle expérience parle-t-on chez des enfants de moins de 17 ans ? Certes l'équipe du Cameroun de cette catégorie d'âge participe à sa toute première Coupe du monde, mais si la Lituanie est un habitué de ce rendez-vous planétaire, ses joueurs de l'effectif actuel découvrent aussi la Coupe du monde puisqu'il est difficile de revenir deux ans après à une compétition de jeunes ayant une limite d'âge claire.

Donc, le mérite des jeunes basketteurs camerounais, qui ont réussi à se qualifier à la plus grande compétition mondiale de leur sport, est déjà remarquable. Mais ils sont tombés simplement sur plus forts qu'eux, sans aucun doute mieux formés et mieux entraînés, mais surtout plus talentueux. Il n'y a qu'à voir la prestation majuscule du bout d'homme (dossard 5) qui est meneur de jeu de la Lituanie, son habileté technique, son aisance dans les lancers francs, pour le comprendre. C'est ce que nous avons observé, tant face à la Chine que contre la Lituanie. Dans ce dernier pays, indépendant depuis 1990 seulement suite à l'effondrement de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), le basketball n'est pas loin d'être le sport numéro 1, loin devant le football. Ce n'est pas un hasard si la Lituanie était médaillée de bronze en basketball deux ans après son indépendance, lors des Jeux olympiques de Barcelone en 1992.

C'est le football qui fait toutefois l'essentiel du sport international depuis deux semaines et l'ouverture de la 23e édition de la Coupe du monde de la Fifa au Mexique, aux États-Unis et au Canada. Là-bas aussi, on évoque beaucoup l'âge des joueurs, dans les reportages que nous suivons à la télé ou dans les comptes rendus lus dans les journaux. Très souvent, c'est pour continuer à magnifier le génie de Lionel Messi, en tête du classement des meilleurs buteurs de la compétition, à… 39 ans ! Le petit lutin argentin n'est pas le seul vétéran de l'épreuve qui attire la lumière. Son mythique rival lusitanien, Cristiano Ronaldo, de deux ans son aîné, continue aussi à mener les troupes de l'équipe du Portugal, à 41 ans. Le capitaine et meneur de jeu de la Croatie, Luka Modric, est également du rendez-vous. À côté de ce trio magique de quadras, les autres vieux noms qui meublent la planète foot depuis des années voire des décennies paraîtront alors comme des jeunots : les Brésiliens Marquinhos (32 ans) et Casemiro (34 ans), par exemple.

Notre propos ici est un gros étonnement. Quand nous nous souvenons du débat qui avait entouré le retour de Roger Milla, à 38 ans, dans l'effectif des Lions indomptables lors de la Coupe du monde « Italie 1990 », il y a de quoi s'étonner en effet du concert de louanges qui accompagne Lionel Messi au Mondial 2026 en cours. Certes le légendaire Milla avait déjà joué son jubilé et arrêté sa carrière de joueur professionnel, mais il était encore footballeur dans le petit championnat amateur de l'île de la Réunion. En sommes-nous si éloignés, avec Lionel Messi, l'ancien attaquant de grands clubs européens que sont le FC Barcelone et le Paris Saint-Germain, qui officie depuis trois saisons dans le championnat des retraités et préretraités aux États-Unis ?

En fait, la presse internationale a pris la fâcheuse habitude de caricaturer l'âge des sportifs africains, comme si c'est l'âge qui jouait et non pas la forme du joueur et son envie de continuer à faire la performance au haut niveau. Et voilà comment cette presse occidentale bien-pensante semble surprise de voir qu'à l'occasion de cette 23e Coupe du monde de football de la Fifa, le contingent des papys venus du monde occidental n'est pas du tout le plus négligeable. En 1990, « l'officier de réserve » Roger Milla n'avait que 38 ans, donc plus jeune que les hommes forts du Portugal et de l'Argentine d'aujourd'hui.

Le plus compliqué, c'est de s'acharner sur la fin de règne des héros africains : Kalidou Koulibaly (35 ans), Idrissa Gana Gueye (36 ans), Sadio Mané (34 ans), Mohamed Salah (34 ans), Riyad Mahrez (35 ans), le gardien de buts capverdien Vozinha (40 ans). Tout en magnifiant la présence de Messi (39 ans), en nuançant celle de C. Ronaldo (41 ans), Modric (40 ans) et Dzeko (40 ans) ; et en cherchant les mots pour évoquer à voix basse celle de Manuel Neuer (40 ans). Or le vrai âge, c'est celui du terrain. Celui du joueur qui « sent » son corps, et de son entraîneur qui en mesure l'utilité.

Emmanuel Gustave Samnick

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