Joueurs refoulés : c'est quoi ce délire ?
Après les restrictions américaines, le Canada refuse l'entrée à Thomas Partey. La présomption d'innocence, c'est pour qui ?
Cette Coupe du monde de football que la Fifa a amenée en Amérique du Nord va décidément nous montrer de toutes les couleurs. Le 17 juin, le Canada a refusé l'accès sur son territoire au joueur ghanéen Thomas Partey, pour la raison lunaire que ce dernier est accusé de viol par quatre femmes entre 2020 et 2022 quand il portait le maillot du club Arsenal, et que l'affaire sera jugée en 2027 en Angleterre. Le gouvernement ghanéen a contesté cette décision des services de l'immigration canadiens devant la Cour fédérale canadienne, en vain. Et Partey n'a ainsi pas joué le premier match du Ghana face au Paraguay. On tombe des nues, là !
Alors qu'on était déjà estomaqué par les mesures restrictives totalement loufoques des États-Unis de Donald Trump en lien avec la participation des acteurs de cette fameuse Coupe du monde 2026, voici que le Canada, souvent présenté comme une terre d'immigration, sort une autre carte. Mais le service canadien est-il devenu une justice avancée qui se prononce sur une affaire qui n'est pas encore jugée ? La présomption d'innocence, c'est pour qui, les anges du Ciel ?
Thomas Partey a par la suite pris part au second match du Ghana qui s'est joué mardi 23 juin contre l'Angleterre (0-0) en territoire américain. Les États-Unis que l'on croyait être les champions – sous l'administration Trump du moins – de la chasse aux immigrés, ont pourtant tenu compte du sacro-saint principe de la présomption d'innocence. La Fifa, engluée dans son affairisme, va bien sûr clamer qu'elle ne se mêle pas des politiques d'immigration des États souverains. Mais pourquoi donc confier l'organisation de la compétition à trois pays différents qui peuvent appliquer des mesures totalement opposées devant un même cas ?
Dans le fond même, le Canada a commis une bêtise. On verra d'ailleurs, le jour où le verdict de ce procès pour viol tiré par les cheveux tombera, que c'était seulement un acharnement et une volonté de nuisance contre un footballeur africain. D'autres procès du même tonneau ont fait pschitt, mais après avoir détruit des sportifs. Nous maintenons que le foot n'est pas le cinéma, et nous ne voyons pas pour quelle raison une star de football, comme Mbappé, Mendy ou Partey – tous ont plaidé non coupables –, aurait besoin de violer une femme. Espérons que Djed Spence, le défenseur anglais, homme de couleur lui aussi pourtant (papa jamaïcain et maman kényane), qui a refusé de serrer la main du Ghanéen Partey avant le début du match pour cette drôle d'affaire, ne tombera pas un jour à son tour dans le piège de ces procès pour abus sexuel fabriqués de toutes pièces…
Hervé Charles Malkal


