Les dessous du transfert de Desailly au Milan AC
Dans son édition de septembre 1994, le magazine Onze Mondial a publié un portrait du milieu de terrain à qui rien ou presque ne résistait alors sur les terrains européens.

Comment se porte l'ancien international de football français originaire du Ghana, Marcel Desailly ? Sur la toile en tout cas, l'on peut lire çà et là qu'il est, comme certains de sa génération, mal en point. Lui dont les performances sur les terrains ont alimenté tant de superlatifs dans les années 1990. Lui qui a trusté tant de titres d'envergure aussi bien en France, en Italie qu'en Angleterre, et qu'on appelait aussi « La Bomba » ou « The Rock », et dont la polyvalence était plus qu'un atout.
C'est tout cela qui a sans doute convaincu le magazine spécialisé Onze Mondial d'en faire sa couverture de l'édition de septembre 1994 ; profitant de l'ouverture de la saison européenne de la Coupe d'Europe des clubs champions, l'envoyé spécial Frédéric Hamelin a fait un tour à Milan d'où il est revenu avec deux pleines pages et quatre photos, compte non tenu de celle de la une, pour un portrait élogieux de celui qui n'est pourtant international que depuis peu. Et qui, dans sa montée vers les cimes, a essuyé avec ses camarades de l'équipe de France un cinglant revers près d'un an plus tôt au Parc des Princes (1-2) face à une Bulgarie qui leur a barré la route de la Coupe du monde « USA 94 », un soir de novembre 1993.
En ce mois d'août pourtant, Desailly est un jeune homme heureux. On le voit aisément sous le titre de l'article — Milan AC : « Marcello » Desailly — avec la photo qui le montre en tenue de pizzaiolo, quatre pizzas entre les mains, une toque et une blouse immaculées. Son sourire trahit un bien-être certain et son regard celui d'un jeune déterminé. Il faut dire que cette « star parmi les stars » poursuit une « trajectoire météorique » qui, après le FC Nantes où il a fait ses premiers pas sous les ordres du technicien Jean-Claude Suaudeau, a fait sensation à l'Olympique de Marseille (OM) en une seule saison avant de trouver sa place au prestigieux Milan AC.
Une trajectoire qui lui a permis, fait rarissime à l'époque, de truster deux Champions League en deux années consécutives (1993 et 1994) avec deux clubs différents (OM et Milan). En Lombardie, il a réussi une intégration fulgurante, s'installant avec bonheur dans un milieu de terrain où règne un certain Demetrio Albertini, avec qui il a trouvé une complicité certaine, permettant aux manieurs de ballon Boban ou Savicevic de mettre sur orbite des artificiers comme Simone, Massaro ou Van Basten quand il n'est pas blessé.
Et dire que Desailly avait été jusque-là un défenseur central ! Depuis la Jonelière (le centre de formation du FC Nantes qui a pour nom officiel Centre sportif José-Arribas), c'est son poste de prédilection, même s'il lui arrive de dépanner comme latéral droit (voir ses premières sélections en Bleu). Mais à Milan, Capello en a fait un milieu récupérateur redoutable, sa « Bomba » comme il le décrira au soir de la victoire sur le FC Barcelone en finale de Champions League 1994 (4-0), avec un but de « Marcelo » en toute fin de match. Mais son arrivée à Milan n'était pas du tout programmée pour celui qui avait retrouvé son complice et ami de toujours Didier Deschamps à Marseille.
« Le nouveau Rijkaard »
« Marseille, sacré champion d'Europe, affronte la Lazio de Rome en match amical de début de saison 1993-1994. Pour l'occasion, Desailly, à la demande de Bernard Tapie, joue milieu de terrain. Et le président de l'OM d'allumer les dirigeants du Milan présents dans les tribunes : “T'as vu mon nouveau Rijkaard…” », raconte Hamelin. Il faut dire que les Lombards sont sur la trace du joueur depuis un moment et l'ont déjà observé « une quinzaine de fois » depuis la précédente saison, eux qui doivent remplacer le milieu néerlandais qui leur a tant fait du bien depuis 1988 et son retour d'Allemagne, l'Euro en poche.
C'est ainsi que « fin octobre, [Tapie] débarque dans le vestiaire alors que je suis seul avec Didier Deschamps. Et là, grand sourire, il me dit : “Bon, dans quinze jours, tu nous quittes” », se souvient le défenseur. Tout va alors aller vite. À tel point que le 11 novembre, un mercredi, Desailly est à Milan en compagnie de son agent Pape Diouf pour signer son nouveau contrat. Pour celui qui venait d'acheter un terrain à Marseille et dont l'épouse attendait un heureux événement, c'est une opportunité qui ne se refuse pas. « Même si, au départ, je ne pensais pas être titulaire, j'allais passer une année en Italie, dans le meilleur championnat du monde ». Et au sein du plus grand club du monde, pouvait-il ajouter.
Contrairement à Marseille, où il était arrivé dans ses petits souliers devant les Mozer, Waddle ou Pelé qui avaient échoué en finale de C1 en 1991 devant l'Étoile rouge de Belgrade, il est cette fois plus en confiance, fort d'une saison de haute volée qui lui a permis de chiper à son nouveau club la C1. Ce qui favorise son intégration rapide, surtout que dans l'effectif, il a des camarades d'âge comme Maldini, Albertini ou Costacurta. Son intégration, il le doit aussi à la bonne organisation d'un club qui ne lésine sur aucun moyen pour permettre à ses champions de ne se préoccuper que de jouer. Et qui a dégraissé l'effectif, notamment pour ce qui est des joueurs étrangers à l'Italie (l'arrêt Bosman n'étant pas encore à l'ordre du jour), qui ne sont plus que cinq dont le blessé Van Basten pour trois places sur la feuille de match.
Des conditions idoines donc qui, couplées au talent et à la polyvalence de Desailly — qui apprend également sa troisième langue européenne après l'anglais et le français — lui permettent d'envisager le futur avec optimisme. Et pourquoi pas une nouvelle étoile européenne d'affilée et un Scudetto. Il échouera en finale face à l'Ajax et alignera son troisième titre de champion national de rang. Devant la Juve qui prendra bientôt son sceptre. Lançant ainsi sa carrière vers les sommets qu'il atteindra avec les victoires en Coupe du monde (1998) et à l'Euro (2000) avec les Bleus.
Parfait Tabapsi



