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Série · Les sélectionneurs du Cameroun

Les Camerounais (1re partie) : pionniers de la couleur locale

Pour l'opinion publique, les entraîneurs locaux n'ont été que les seconds des Européens. Pourtant, de 1960 à 2026, ils sont bien onze Camerounais à avoir dirigé l'équipe nationale de football. Revue des six premiers à avoir connu ce délicat privilège.

Par Alfred Nyambelle IyaouaL'Actu Sport N° 1538 septembre 2026Yaoundé
Léonard Nseke, qui arracha la qualification pour le Mondial 1994 avant d'être débarqué.

Le trio du commencement : Cyrille Eboa, Jean Calvin Oyono, Guillaume Enoumedi (1967-1969)

Lorsqu'il est nommé sélectionneur du Cameroun, le Français Dominique Colonna est aussi désigné superviseur du développement du football en Afrique centrale. Il se déplace donc régulièrement. Pour pallier ses absences répétées, les autorités sportives camerounaises nomment un trio d'entraîneurs nationaux pour assurer la continuité du service.

Le premier du trio est Cyrille Eboa Mouangue. Sa carrière d'entraîneur s'est étendue entre 1950 et 1970. Avant l'indépendance, il avait pris en charge l'embryon de l'équipe nationale. Eboa Mouangue a été l'entraîneur de la légendaire équipe de l'Oryx de Douala de Samuel Mbappé Leppé, Douala Ndoumbé, Dikabo…

Jean Calvin Oyono, dans les années 1970, était connu comme l'entraîneur de Tonnerre de Yaoundé. Fonctionnaire du ministère de la Jeunesse et des Sports, il a terminé sa carrière administrative comme délégué départemental de la jeunesse et des sports du Dja-et-Lobo. Personne ne savait au soir de sa carrière qu'il avait été du trio qui, pendant deux ans, dirigea l'équipe nationale de football.

Guillaume Enoumedi est le troisième technicien de ce trio de locaux à la tête de l'équipe du Cameroun. Dans les années 1950, Douala est le pool principal du football camerounais. Comme les jeunes de son âge, Guillaume Enoumedi est attiré par le football. Il évolue alors dans les rangs de Caïman de Douala. En 1954, il est capitaine de l'embryon de l'équipe nationale qui est constituée. Il rejoint plus tard Cyrille Eboa Mouangue et Jean Calvin Oyono pour prendre en charge pendant deux ans l'équipe nationale.

Si, pendant son passage à la tête de l'équipe nationale, ce trio n'a pas pris part à une compétition majeure, il a néanmoins démontré très tôt que le Cameroun avait des techniciens à qui on pouvait faire confiance. Ce qui va se confirmer avec la nomination de Raymond Fobete à cette fonction.

Les pionniers camerounais du banc des Lions indomptables, avant et après l'indépendance.

Raymond Fobete, le précurseur (1969-1970 et 1976)

Raymond Fobete est en effet le précurseur des sélectionneurs de nationalité camerounaise. Né le 6 avril 1933, il prend la direction de l'équipe nationale après le trio présenté ci-dessus, alors que le Français Dominique Colonna est toujours engagé dans sa mission de superviseur du développement du football en Afrique centrale. De temps en temps, il revient s'occuper de l'équipe nationale du Cameroun.

Plus qu'un suppléant, Raymond Fobete va insuffler à l'équipe nationale une culture de la gagne. Il va donner à ses poulains un esprit et un style de jeu. Galvanisés par un sélectionneur hors pair, le capitaine Pascal Baylon Owona et ses camarades se qualifient pour la première phase finale de la Coupe d'Afrique des nations de l'histoire du football camerounais, en 1970. Mis à l'écart au retour du Soudan, Raymond Fobete revient aux affaires en 1976 pour remporter la médaille d'or des Jeux d'Afrique centrale. Il a été aussi directeur administratif des Lions indomptables et secrétaire général de la Fédération camerounaise de football. Surnommé « Menches », Raymond Fobete meurt le 19 novembre 2016.

Jules Frédéric Nyongha (1992-1993 et 1994-1996)

Frère cadet de Raymond Fobete, il s'est fait connaître lorsqu'il intègre l'encadrement des Lions indomptables comme consultant en 1984. Il signe alors un long bail avec le banc de touche de l'équipe nationale. Ses détours dans les clubs (Prévoyance de Yaoundé, Coton Sport de Garoua…) le ramènent toujours vers les Lions indomptables. Après la Coupe du monde de 1990, il est l'adjoint du Français Philippe Redon. Celui-ci parti après la Coupe d'Afrique des nations de 1992, Jules Frédéric Nyongha prend les rênes des Lions indomptables. Il s'engage dans les éliminatoires de la Coupe d'Afrique des nations et de la Coupe du monde de 1994. Les résultats ne suivent pas et l'ambiance délétère pousse Jules Frédéric Nyongha à la démission en 1993. Il ne chôme pas et prend en charge Coton Sport de Garoua, qu'il fait monter en première division.

En 1994, Jules Frédéric Nyongha revient dans l'encadrement des Lions indomptables comme adjoint d'Henri Michel à la Coupe du monde de 1994. Il restera à la tête de l'équipe nationale, qu'il conduira à la Coupe d'Afrique des nations en Afrique du Sud en 1996. Né le 3 octobre 1945, Jules Frédéric Nyongha est professeur d'éducation physique et sportive, première promotion de l'INJS de Yaoundé, 1970-1974. Il a pour camarades de promotion Frédéric Youndjé Meyou, François Dikoume et surtout Issa Hayatou.

Jules Frédéric Nyongha, frère cadet de Raymond Fobete, a conduit les Lions à la CAN 1996.

Léonard Nseke (1993-1994)

Capitaine de l'équipe nationale lors de la Coupe des Tropiques en 1964, Léonard Nseke était considéré comme une forte tête dans le milieu du football camerounais. Adjoint de l'Allemand Peter Schnittger et du Yougoslave Vladimir Béara, il refuse de continuer d'endosser le costume d'adjoint après le départ de ce dernier. Professeur d'éducation physique et sportive, Léonard Nseke fait partie de la première génération des entraîneurs de football camerounais qui ont fait leurs classes en Europe. Milieu de terrain, il a évolué à l'Étoile de Mbanga et au Diamant de Yaoundé.

En 1993, Léonard Nseke est appelé en sapeur-pompier pour prendre les Lions indomptables après la démission de Jules Frédéric Nyongha. La situation n'est pas reluisante. Les Lions indomptables sont éliminés de la Coupe d'Afrique des nations ; il faut redresser la barre pour la Coupe du monde. Léonard Nseke se met au travail et arrache la qualification en décembre 1993 face au Zimbabwe, à Yaoundé, devant un spectateur de marque : le président de la République Paul Biya. Mais pour le voyage aux États-Unis, Léonard Nseke sera débarqué, remplacé par le Français Henri Michel. Né le 17 juillet 1939, Léonard Nseke fait un dernier détour comme directeur technique de l'école de football des Brasseries du Cameroun en 2001, avant de tirer sa révérence le 16 octobre 2017.

Alfred Nyambelle Iyaoua

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