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Quand des clubs européens venaient en tournée au Cameroun

Cameroon Tribune présente le Tournoi international Antipolis qui avait réuni, du 11 au 21 janvier 1989 à Yaoundé et à Douala, deux clubs français et deux clubs allemands de D1 face à quatre clubs locaux.

Par Parfait TabapsiN° 155Yaoundé
Une équipe européenne en tournée au Cameroun lors du Tournoi international Antipolis de 1989.
Une équipe européenne en tournée au Cameroun lors du Tournoi international Antipolis de 1989.

C’était il y a 37 ans ! Certains footballeurs jeunes retraités n’étaient donc pas encore nés, et ils auraient du mal à croire que c’est vrai. Pendant la trêve hivernale, de décembre à janvier, il était courant de voir des clubs de football professionnel européens, des clubs de premier plan pensionnaires de première ou de deuxième division, venir participer à des tournois internationaux au Cameroun.

Cette année-là, début 1989, ils sont quatre à avoir répondu présent pendant dix jours au Tournoi Antipolis organisé à Douala et à Yaoundé : deux clubs venus de France et deux de la République fédérale d’Allemagne. Côté Bundesliga, Fortuna de Cologne et Hambourg ont fait le voyage du Cameroun. Pour le championnat français, c’est Toulon, où évolue déjà Joseph-Antoine Bell, et Brest, avec dans ses rangs un certain Paul Le Guen, futur sélectionneur français des Lions indomptables, qui sont de la partie.

Bien plus, la Fédération française de football a également envoyé un arbitre central, M. Girard, numéro 2 des sifflets de l’Hexagone derrière un certain Michel Vautrot dont les supporters des Lions indomptables garderont un mauvais souvenir l’année d’après, car c’est lui qui expulsa deux joueurs camerounais lors du match d’ouverture du Mondial 1990 face à l’Argentine de Maradona. M. Girard dirigea notamment le choc camerouno-camerounais de ce tournoi entre Canon et Tonnerre le 15 janvier 1989 au stade Ahmadou Ahidjo. Il anima aussi un colloque sur l’arbitrage pendant son séjour camerounais. Union de Douala et Racing de Bafoussam complétaient le tableau des participants.

Essola Nuck Bidjeck, le journaliste de Cameroon Tribune qui écrit cet article de présentation du tournoi international Antipolis, explique que la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) a misé sur des clubs français et allemands parce que ces deux championnats européens étaient en trêve hivernale, contrairement aux championnats du Portugal, d’Espagne et d’Italie qui, à cette époque, se jouaient pendant les fêtes de fin d’année. Le championnat anglais, lui, jusqu’à aujourd’hui, ne connaît toujours pas de trêve hivernale…

Mais la Fécafoot avait aussi écrit à d’autres clubs professionnels français plus connus qui n’ont pas donné suite. « Aujourd’hui, ces clubs se retrouvent réduits à faire des matches amicaux dans le sud de la France et regrettent vivement d’avoir dit non. C’est le cas de Montpellier et Marseille pour qui la tournée à l’Île de la Réunion a été annulée, de Monaco dont la tournée de Los Angeles avec le Bayern de Munich a tourné court ; de Nice et de Nantes dont les tournois du Koweït et d’Afrique du Nord n’ont pas eu lieu », lit-on dans CT.

Sponsoring assuré

« Les clubs européens ont leur cachet. Ceux du Cameroun perçoivent 1 million de FCFA par match durant la phase éliminatoire, et pour ceux qui arriveront aux demi-finales, le cachet passe à 1,5 million de FCFA », informe encore le quotidien gouvernemental. Et de citer les sponsors qui ont accepté d’accompagner l’événement : Cameroon Airlines, Akwa Palace Pullman, la Socatour, International Brasserie, qui commercialisait la bière Amstel, et Fermencam. « À cause d’une déception lors d’un tournoi similaire l’an dernier, les sponsors habituels qui généralement s’intéressent au sport ne se sont pas manifestés », souligne l’article de Cameroon Tribune.

L’entrée au spectacle était payante, à peu près du même niveau que les tarifs pratiqués pour le championnat national du Cameroun : les tickets allaient de 600 FCFA, dans les virages, à 3 000 FCFA en tribune d’honneur. Les matches, du moins ceux de la première journée du tournoi tels qu’annoncés dans le journal du mercredi 11 janvier 1989, se jouaient en nocturne. À Douala, Racing-Hambourg à 18 h et Union-Toulon à 20 h ; à Yaoundé, Tonnerre-Brest à 18 h et Canon-Cologne à 20 h.

Le tournoi était une initiative de la Fécafoot, qui en avait confié l’organisation à l’entreprise événementielle Antipolis Congress, d’où l’appellation de « Tournoi international Antipolis ». La leçon de l’histoire, c’est qu’il y a plus de trois décennies, le football camerounais était capable de faire venir des clubs de football professionnels européens, qui discutaient d’égal à égal avec leurs homologues locaux évoluant pourtant dans un championnat amateur. Aujourd’hui que la même compétition nationale est affublée du titre ronflant de « championnat professionnel », on a l’impression que ce sont des choses de la planète Mars, inenvisageables.

En termes d’infrastructures, les stades Ahmadou Ahidjo de Yaoundé et de la Réunification de Douala avaient aussi le niveau pour accueillir ces équipes de haut niveau, y compris en nocturne avec un éclairage et une pelouse exempts de tout reproche. C’est à se demander si on avance ou bien on recule dans le management du sport dans notre pays, qui est désormais doté, depuis la CAN 2021 qu’il a organisée, d’une bonne dizaine de stades de compétition…

À noter que dans la même édition de Cameroon Tribune, on a l’annonce de la nomination d’un nouveau staff technique des Lions indomptables. Nous étions alors à une époque où c’était une prérogative régalienne du ministre des Sports. La veille, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Joseph Fofié, avait en effet signé un arrêté portant nomination des entraîneurs des sélections nationales de football. Principale information : le Soviétique Valeri Nepomniachi, présenté comme « cadre contractuel », est nommé entraîneur principal de l’équipe fanion. Son adjoint se nomme Jean Manga Onguéné, « de retour d’un stage de formation et titulaire d’un diplôme de conseiller sportif ». Le même texte nomme Jules Nyongha entraîneur chez les juniors, assisté d’André Nguidjol Nlend ; et comme entraîneur des cadets et des espoirs un certain Lev Briovarsky, ayant pour adjoint le regretté Jean-Pierre Sadi, professeur d’éducation physique et sportive, une référence nationale dans la formation des jeunes footballeurs.

Parfait Tabapsi

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