Françoise Mbango s'échauffe dans la salle d'attente des JO 2004
Un an avant le rendez-vous d'Athènes, le quotidien camerounais Mutations dressait le portrait d'une athlète en route vers les sommets, malgré l'adversité des conditions de travail.

Lorsque paraît le portrait de la dame aux « jambes de héron » en août 2003, elle est déjà au sommet de sa gloire sur le continent. À 27 ans en effet, Françoise Mbango Etone a déjà, au chapitre de ses performances, battu à trois reprises le record du triple saut en Afrique. Il ne lui reste alors plus que l'étage supérieur, qu'elle atteindra dans moins d'un an à Athènes lors du plus grand rendez-vous mondial olympique, devant des spectateurs et téléspectateurs qu'elle aura le bonheur de surprendre.
C'est à Paris que Louise R. Thobi, ancienne athlète camerounaise de haut niveau reconvertie dans la chronique sportive, est allée la rencontrer. Pour un portrait qu'elle intitule sobrement : « Françoise Mbango Etone : l'argent fait le bonheur », publié dans l'édition de Mutations du vendredi 29 août 2003 sur une page. On y voit une photographie de jeune dame souriante et déterminée. Qui ne cache pas ses ambitions : « Mon but est de gagner une médaille d'or, c'est la seule chose que je n'ai pas encore obtenue ; je n'abandonnerai pas tant que je ne serai pas championne du monde. »
Paris, elle connaît pour y avoir fait ses débuts treize ans plus tôt. « Grâce à ses performances scolaires, elle est sélectionnée pour défendre les couleurs camerounaises à Paris aux Jeux de l'Avenir. » Elle est alors dans le saut en hauteur et se fait déjà distinguer. Le triple saut viendra quelques années plus tard. Dans l'intervalle, elle s'essaye au football et au handball. Originaire de Dibombari, dans le département du Moungo, elle est donc polyvalente et se laissera également séduire par le saut en longueur. Il ne manquait donc que le saut à la perche pour que la panoplie soit complète.
Mais en cette heure à Paris, elle n'a pas de quoi se réjouir. Elle est même en plein dans une traversée du désert qui ne dit pas son nom. « Après le départ de son entraîneur et ses difficultés de s'entraîner à l'Institut national supérieur d'éducation physique (Insep) où elle est boursière olympique, la fille d'André et Hélène Etone erre comme un chien abandonné par son maître. » Une errance qui confine à la vulnérabilité et va la mener jusqu'à Helsinki où, en marge d'un meeting, elle va croiser la route du technicien finlandais Juuka Hakkönen, qui s'occupe déjà du Namibien Frankie Fredericks et de la Sud-Africaine et championne du monde Hestrie Cloete.
Suivra à Tampere, en Finlande, un travail foncier d'un mois qui lui permettra de rentrer « dès le 3 août dans le cercle fermé des femmes à 15 m au cours d'une réunion d'athlétisme dans son nouveau pays d'adoption, à Lappeenranta », écrit Louisette Thobi. Dans la foulée, elle bat son propre record d'Afrique en franchissant les 15,05 m. Elle termine la compétition des Mondiaux derrière la Russe Tatyana Lebedeva.
Pensionnaire du Ciad à Dakar
Mais qui est donc cette Mbango qui aligne des performances honorables malgré des conditions de préparation austères ? Après son passage à Paris en 1990, elle entamera son odyssée triomphante du triple saut aux Championnats d'Afrique d'athlétisme qu'accueille son pays en 1996. Elle y décrochera l'argent derrière la Sénégalaise Kene Ndoye. Suivront les Jeux de la Francophonie de Tananarive l'année suivante, où elle est une nouvelle fois médaillée d'argent (13,75 m). Ce qui lui permet de rejoindre le Centre international d'athlétisme de Dakar (Ciad), où elle croisera son compatriote et ancien athlète Emmanuel Bitanga, qui en assure la direction technique.
Le 2 août 1998, elle bat le record d'Afrique de l'Algérienne Baya Rahouli (14,02 contre 13,96). Commencera un mano a mano que Mbango va finalement remporter de haute lutte en septembre 1999 avec un nouveau bond de 14,70 m. C'est alors le moment de se séparer de son entraîneur russe Victor Kouzine et du Ciad, et de commencer son règne de meilleure sauteuse du continent. Quatre ans au cours desquels elle va aligner de belles statistiques. Au point d'attirer l'attention de ses collègues masculins qui ne tarissent pas d'éloges à son endroit. D'autres iront jusqu'à faire savoir qu'elle a « le morphotype même de la triple-sauteuse, mais pas l'entraînement adéquat. Elle a un potentiel que tout le monde envie et ses adversaires savent que c'est le manque de management qui nuit à la Camerounaise ».
Un point de vue qui s'est justifié encore avec les Mondiaux, après lesquels elle a déclaré en conférence de presse : « Je n'ai jamais abordé un concours avec assurance, je n'ai jamais utilisé mes potentialités à 100 %, de peur de me blesser ! » Un potentiel qu'elle exprimera malgré l'adversité dans les mois suivants. Au point qu'un jour d'été l'année d'après, elle décrochera la première place aux Jeux olympiques de Sydney. Confirmant les prévisions de la chroniqueuse Thobi, pour qui Mbango « a fait du chemin pour revendiquer désormais un titre mondial ou olympique ».
La rédaction



