Mercredi 28 octobre 2026Yaoundé, CamerounÉdition en cours : N° 160

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Éditorial · Football

La rentrée des clubs

Chaque nouvelle saison nationale de football s’annonce avec l’espérance qu’elle sera meilleure que les précédentes. À la veille de la reprise de la MTN Elite One, l’éditorialiste parle de « terre de promesse ».

Par Emmanuel Gustave SamnickN° 158Page 3
Emmanuel Gustave Samnick, directeur de la publication.
Emmanuel Gustave Samnick, directeur de la publication de L’Actu Sport.

Nous ne cesserons de saluer l’initiative des autorités qui ont décidé, en 1970, de modifier deux phrases problématiques dans le premier couplet honni et vomi de l’hymne national de la République du Cameroun. Furent ainsi expurgées du texte original de ce chant de ralliement patriotique, composé en 1928 par René Djam Afane et ses camarades de l’école missionnaire de Foulassi, la deuxième curieuse strophe : « Autrefois tu vécus dans la barbarie » ; et la troisième : « Peu à peu tu sors de ta sauvagerie ». Mais nous déplorons également le fait que le deuxième couplet de l’hymne, « Ô Cameroun berceau de nos ancêtres », ne soit pas régulièrement chanté en entier. Lui est pourtant chargé d’espérance : « Nous travaillons pour te rendre prospère. Un beau jour enfin nous serons arrivés ».

Le ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique, qui s’investit beaucoup dans toutes sortes de folklore superficiel, gagnerait à coup sûr à insister sur l’exécution au complet de notre hymne national. En français et en anglais, le refrain de la version dans la langue de Shakespeare évoquant notamment « a Land of Promise » (une terre de promesse).

Promesse. Chaque fois que s’annonce une nouvelle saison nationale de football, c’est avec l’espérance qu’elle sera meilleure que la ou les précédentes. Confessons déjà que le cru 2025-2026 du championnat MTN Elite One, qui a vu Colombe du Dja-et-Lobo se succéder à elle-même au trône de champion du Cameroun, fut moins stressant que ses devanciers : un calendrier globalement maîtrisé, sans grève des arbitres, sans menace de forfait général de certaines équipes. Est-ce la promesse que quelque chose a changé ? C’est notre espoir en tout cas, persuadé que le rétrécissement de l’élite nationale à 14 clubs est l’un des facteurs ayant contribué à l’amélioration des conditions d’organisation de la compétition.

Dans le football féminin, le championnat national de 1re division se joue même à 12 clubs et il venait de boucler sa sixième saison sans anicroche. Il vient même de créer le buzz avec le retour de la star Ajara Nchout Njoya… En clair, la compétition sportive ne s’accommode pas d’à-peu-près, d’une parodie de démocratie qui ferait croire que tout le monde peut jouer le haut niveau. Or celui-ci est sélectif, laissant le sport pour tous, comme son nom l’indique, au tout-venant, sans un cahier des charges draconien.

« En matière de football, autrefois le Cameroun ne vécut pas du tout “dans la barbarie”. Ça se jouait plutôt dans la liesse populaire, avec des stades pleins. »

C’est pourquoi les cris alarmistes autour du club nouvellement promu en MTN Elite One, l’Union sportive d’Abong-Mbang, que nous avons cru lire sur les réseaux sociaux, nous attristent un peu. Comme quoi la direction de cette équipe typiquement communautaire, dont nous avons salué dans ces colonnes le triomphe au dernier tournoi interpoules d’accession à l’élite nationale, serait tentée de rendre son tablier faute de pouvoir réunir le budget conséquent pour démarrer la nouvelle saison, le soutien financier actif des élites du département du Haut-Nyong et même de la région de l’Est se faisant encore désirer.

Espérons qu’il s’agit là d’une fake news, car la dynamique du retour à l’orthodoxie des compétitions nationales de football a fortement besoin du retour au premier plan des clubs de tradition, des équipes populaires qui ont animé lesdites compétitions il y a trois à quatre décennies et qui ont été débordées en cours de route par des clubs artificiels, créés à la va-vite par des opportunistes attirés par l’odeur présumée des transferts juteux des joueurs à l’étranger, et donc portés par des ambitions individuelles égoïstes.

En matière de football, autrefois le Cameroun ne vécut pas du tout « dans la barbarie ». Ça se jouait plutôt dans la liesse populaire, des stades pleins comme nous en voyons aujourd’hui dans le championnat sud-africain, par exemple. Est-il réaliste d’espérer à nouveau cet âge d’or ? Hélas, des pesanteurs qui ne dépendent pas de la famille du football entrent en jeu. La nouvelle saison démarre le week-end prochain, mais pour la première fois cela risque de se faire avant que ne soit jouée la finale de la Coupe du Cameroun de l’exercice précédent. Parlez-nous de terre de promesse !

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