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La valse des sélectionneurs en Afrique

Sur les dix sélections africaines qualifiées au Mondial 2026, sept l'étaient sous les ordres d'un entraîneur local. Le coup de sifflet final n'avait pas retenti que les bancs de touche africains étaient déjà bouleversés.

Par Emmanuel Gustave SamnickL'Actu Sport N° 1522 septembre 2026Yaoundé

On croyait que c'était une embellie, on découvre, effaré, qu'il ne s'agissait que d'une accalmie. Une très légère accalmie du reste. Le temps d'une phase finale de la Coupe du monde de football mammouth, édition 2026, imaginée à 48 équipes participantes par la Fédération internationale de football (Fifa), dont les dirigeants ne semblent pas rassasiés de trop en faire. Sur les dix sélections africaines qualifiées en effet, sept l'ont été sous les ordres d'un entraîneur local, et cinq de ces sept techniciens locaux ont encore survécu jusqu'à la phase finale qui s'est déroulée dans trois pays d'Amérique : États-Unis, Mexique et Canada. Une bonne moyenne en somme, par rapport aux mauvaises habitudes des dirigeants africains en la matière, mais qui a encore volé en éclats aussitôt la compétition planétaire majeure achevée.

Eh bien, le coup de sifflet final du Mondial 2026 n'avait pas encore retenti que les bouleversements ont été entamés sur les bancs de touche des équipes africaines. Le comble, c'est que ce sont les équipes les plus séduisantes, à mon sens, dont les sélectionneurs ont été remerciés sans façon par leurs fédérations nationales de football. Je parle des équipes de la Côte d'Ivoire et du Sénégal.

Pour la première, la Fédération ivoirienne de football (FIF) a vite oublié qu'Emerse Faé avait pris les Éléphants au pied levé en pleine Coupe d'Afrique des nations organisée à la maison début 2024, pour les mener à la victoire finale. Il a ensuite obtenu la qualification à la Coupe du monde 2026 et y a conduit, pour la première fois de l'histoire, cette sélection orange au second tour du Mondial. C'est pourtant la défaite cruelle contre la Norvège en 16e de finale (2-1) que la FIF a retenue pour ne pas renouveler son bail au technicien du pays, comme s'il y avait la moindre chose qu'on pouvait reprocher à Emerse Faé dans cette défaite contre une magnifique équipe de Norvège…

Hervé Renard, le mercenaire français de service toujours en embuscade, a alors été choisi pour succéder à Faé. Il a beau avoir la légitimité d'une CAN remportée avec les Éléphants en 2015, le recours systématique à ce Renard des sélections nationales a quelque chose d'indécent. On n'oublie pas que, quand Jean-Louis Gasset est obligé de plier bagages en pleine CAN en 2024 après une douche froide reçue contre la Guinée équatoriale (0-4), c'est à Hervé Renard que la FIF a immédiatement pensé, alors qu'il était en poste comme sélectionneur de l'équipe de France féminine. L'intéressé était prêt à venir faire une pige en pleine CAN en Côte d'Ivoire et retourner s'occuper des Bleues après ; seul le tollé soulevé par cette perspective en Hexagone fit avorter la manœuvre…

Preuve que le Renard n'a rien d'un « sorcier blanc » concernant le football, il a encore quitté son boulot en Arabie saoudite pour reprendre la Tunisie en pleine Coupe du monde 2026, après le limogeage express de son compatriote Sabri Lamouchi, recruté lui-même précipitamment juste avant la Coupe du monde et bazooké aussitôt après un seul match humiliant (5-1 contre la Suède) en phase finale. Le miracle Renard n'a guère eu lieu et les Aigles de Carthage sont rentrés au 1er tour, comme c'était prévisible, la queue entre les jambes.

L'autre crève-cœur est le limogeage de Pape Thiaw par la Fédération sénégalaise de football (FSF). Le crime du vainqueur, en l'espace de deux ans à peine, du Championnat d'Afrique des nations (Chan) et de la dernière CAN ? L'élimination du Sénégal par la Belgique en 16e de finale de la Coupe du monde 2026, dans les derniers instants du match. Et pourtant, Sadio Mané et ses coéquipiers n'avaient jamais aussi bien joué au ballon. Mais le président de la FSF, dans une logique que la logique ignore, a préféré casser la dynamique, pour se relancer dans un mercenariat abject et dans le complexe de l'ailleurs. Car quelle idée d'aller chercher le champion du monde français 1998, Patrick Vieira, certes aux origines sénégalaises, mais qui n'a rien prouvé par ailleurs dans sa jeune carrière d'entraîneur ?

« Une logique que la logique ignore »

« Le président de la FSF, dans une logique que la logique ignore, a préféré casser la dynamique des Lions de la Teranga, pour se relancer dans un mercenariat abject et dans le complexe de l'ailleurs. »

Pauvres techniciens africains qu'on utilise juste comme des sacs plastiques jetables, sans jamais leur donner le temps et les moyens de bien travailler à la tête des équipes nationales. Heureusement que certains parviennent à séduire des entrepreneurs privés du football africain, à l'instar de Bubista, le coach de l'épopée fantastique du Cap-Vert à cette Coupe du monde 2026, 16e de finaliste dès la première participation, qui est ensuite parti de lui-même de la sélection de son pays pour un contrat de deux ans avec le club marocain RS Berkane. Une petite lueur d'espoir.

Emmanuel Gustave Samnick

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