Aux héroïnes de Rabat, la nation reconnaissante
En recevant lui-même les championnes d'Afrique au palais de l'Unité, Paul Biya a rappelé, comme en 2016, que l'État est aux côtés de sa sélection par beau temps comme par vents contraires.
Les images sont une nouvelle fois très belles. Samedi 22 août 2026, dans le toujours scintillant palais de l'Unité, le couple présidentiel du Cameroun a reçu en grandes pompes les Lionnes indomptables, fraîches championnes d'Afrique de football. On a craint à un moment donné — non sans raison, le chef de l'État étant encore dans un long séjour privé de plus de deux mois en Europe au moment où l'équipe dominait la surprenante sélection du Malawi en finale — que la cérémonie n'ait plus lieu, ou qu'elle soit organisée en format édulcoré, présidée « sur très hautes instructions » par un « représentant personnel » du président. Finalement, et heureusement, Paul Biya, rentré au Cameroun 48 heures plus tôt, a mis un point d'honneur à présider personnellement cette reconnaissance de la Nation à nos merveilleuses championnes d'Afrique 2026.
Il faut saluer cette constance du « premier sportif camerounais », qui n'a jamais failli, sous les ors du palais de la République, à l'heure d'honorer les sportifs qui ont fait flotter haut le drapeau du Cameroun. Concernant le football féminin, sevré jusqu'ici de lauriers continentaux (si l'on excepte la médaille d'or des Jeux africains de 2011 à Maputo) par le règne vorace des Super Falcons du Nigeria, force est de rappeler que Paul Biya n'a pas attendu que la coupe soit pleine pour entourer ses filles, nos filles, de la grâce des honneurs républicains. Qu'on se souvienne de la magnifique fête déjà offerte aux Lionnes au palais de l'Unité le 8 décembre 2016, cinq jours après leur défaite cruelle (0-1) en finale de la CAN face au Nigeria.
Pour moi, ce geste du Père de la Nation de décembre 2016 était encore plus fort. Car le numéro 1 du pays avait à cette occasion transmis trois messages : il a su consoler des enfants effondrées de n'avoir pas été récompensées au bout d'une compétition qu'elles avaient largement dominée ; il indiquait que l'État est à côté de sa sélection par beau temps comme par vents contraires ; et il a rappelé à tous la glorieuse incertitude du résultat sportif. En fait, le 8 décembre 2016, le chef de l'État avait pris date, et le 16 août 2026 au stade Moulay El Hassan de Rabat, sa prophétie s'est accomplie avec cette première Coupe d'Afrique des nations remportée par le Cameroun. C'est une leçon de sport, c'est une leçon de vie. Un jour on perd, un jour on gagne.
C'est pourquoi je ne cesserai de déplorer que les rédacteurs du discours du chef de l'État à la jeunesse, diffusé le 10 février 2024, lui aient fait dire qu'« il est en droit d'exiger de meilleurs résultats ». On sait quels ravages cette sortie, interprétée suivant des intérêts grégaires, a causés dans les relations entre le ministère des Sports et la Fécafoot. Réclamer une meilleure organisation, d'accord ! Mais comment exiger de meilleurs résultats ? Dans le même discours, Paul Biya avait pourtant signalé avec justesse : « Je vous félicite d'être restés dignes dans la défaite, comme vous l'avez été tant de fois par le passé, dans la victoire. » C'est ça, le fin mot de l'histoire. Célébrons comme il se doit les héroïnes de la CAN féminine 2026 ! Mais ne les envoyons pas au bûcher si demain la victoire choisit un autre camp. Nous sommes un grand pays de football, mais nous ne sommes pas les seuls enfants du bon Dieu !
Emmanuel Gustave Samnick



