Les étoiles sont faites pour briller
Le cinquième sacre de Pogacar, entaché de « soupçons » et d'un contrôle antidopage à 2h du matin, appelle une vigilance accrue — mais pas la « soupçonnite ».
Dans le petit monde de la petite reine, Tadej Pogacar est décidément sur une autre planète. Le cycliste slovène de 27 ans a remporté, dimanche 26 juillet, son cinquième Tour de France, rejoignant au palmarès quatre monstres sacrés que sont Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Le Néerlandais Mathieu van der Poel l'a battu tout de même à la 21e et dernière étape, dans un final haletant sur les Champs-Élysées à Paris. Mais le phénomène du vélo mondial avait déjà assuré son triomphe après la 20e étape sur l'Alpe d'Huez.
Bravo à ce champion hors normes dont les exploits font davantage connaître son petit pays, la Slovénie, au même titre que son compatriote, le président de l'UEFA Alexander Ceferin, l'un des rares dirigeants du football mondial à s'opposer à la boulimie dévastatrice du président de la Fifa, Gianni Infantino. Double champion du monde sur route, déjà vainqueur du Tour de France et du Giro (il lui manque la Vuelta), les performances de Pogacar suscitent diverses réactions et même des suspicions. Au point que le coureur slovène et son concurrent danois, Jonas Vingegaard, ont subi, pendant ce Tour, un curieux contrôle antidopage inopiné à leur hôtel le 19 juillet à… 2h du matin, motivé, dit-on, par « des soupçons graves et concordants ».
Cela me donne l'occasion de revenir sur ces vagues de suspicions qui entourent les performances haut de gamme des sportifs, surtout dans les sports individuels, d'endurance et de force. Étant absolument opposé à toute forme de tricherie, membre par ailleurs de l'Organisation camerounaise de lutte contre le dopage (Ocaluds), loin de moi l'idée de contester l'application stricte des contrôles. Au contraire, je suis dans l'attente de voir les potentiels coupables, si les « soupçons graves et concordants » se confirment, sévèrement sanctionnés. Seulement, y a-t-il une seule raison de troubler le sommeil des sportifs en pleine compétition pour effectuer des contrôles ? Les produits recherchés sont-ils seulement actifs au cœur de la nuit ? Non ! Quitte à faire des contrôles, il faudrait les faire à des périodes respectueuses de la personne humaine, peu avant ou peu après l'épreuve.
En fait, le scepticisme systématique sur les hautes performances devient sujet à caution. Nous devons accepter que, dans le sport comme dans toute activité humaine, tous les acteurs ne se valent pas en talent. Comme dirait l'ex-sélectionneur des Lions indomptables Rigobert Song Bahanag, adepte des proverbes croustillants, « les moutons marchent ensemble mais ils ne coûtent pas le même prix ». D'autant que ceux qui forcent le trait pour « se faire aussi grosse que le bœuf », telle la grenouille de la fable, sont généralement remis à leur place — comme le cycliste américain Lance Armstrong, déchu de ses sept titres. Vigilance accrue, oui ! Mais soupçon et surtout « soupçonnite », non ! Les étoiles existent, et elles sont nées pour briller. Sans forcer ! À moins que l'on nous montre cette substance dopante-là qui peut fabriquer des Pelé, Milla, Nkono, Mohamed Ali, Usain Bolt, Lewis Hamilton, Teddy Riner, LeBron James…
Emmanuel Gustave Samnick


