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Muchas Gracias, España !

En dominant outrageusement la France puis l'Argentine, la Roja a sauvé du même coup la Coupe du monde et le football. Chapeau bas à Messi et à Deschamps, qui tirent leur révérence.

Par Emmanuel Gustave SamnickL'Actu Sport N° 14921 juillet 2026Yaoundé

Tout est bien qui finit bien ! Ultra-dominatrice de l'Albiceleste dimanche à New York, dans la finale de la 23e édition obèse de la Coupe du monde de football, la Roja inscrit une deuxième étoile de championne du monde sur son maillot. Le football a vacillé pendant le mois et demi qu'aura duré cette première Coupe du monde à 48 équipes organisée dans trois pays, entre refus de visas à des joueurs, supporters et même officiels de matches, pics de chaleur, longues distances entre les villes hôtes, ingérence de dirigeants politiques du principal pays-hôte, scandales de l'arbitrage…

Nous sommes donc soulagés de voir que c'est l'Espagne qui est couronnée à la fin. Une équipe au jeu propre, cohérent et chatoyant, qui a donné une véritable leçon de football aux deux autres favoris annoncés, la France en demi-finale (2-0) et l'Argentine en finale (1-0). Ces scores serrés ne reflètent pas la supériorité indéniable des joueurs du sélectionneur Luis de la Fuente, tellement ils ont dominé Français et Argentins — pourtant pas des enfants de chœur — dans de trop larges proportions, et sur tous les plans. Le contraire de ce résultat aurait été catastrophique pour l'image de la Coupe du monde, et pourtant on a bien frôlé ce précipice.

En effet, le gardien argentin Emiliano Martínez ayant longtemps retardé l'échéance, c'est dans les prolongations que la finale s'est dénouée. Non sans créer des frayeurs aux fans du beau football dans les derniers instants, quand Lionel Messi et ses coéquipiers, quoique réduits logiquement à dix, se sont enfin mis à jouer, faisant craindre la répétition du scénario des fins de match heureuses qui les avait portés jusqu'ici, notamment contre deux valeureuses équipes africaines battues à chaque fois 3-2 : le surprenant Cap-Vert en 16e de finale et les dignes Pharaons égyptiens en quart, tout comme en demi-finale contre une naïve Angleterre (2-1).

Mais en ces moments-là, les triples champions du monde argentins jouaient, ils pratiquaient un football plutôt conquérant. Dimanche, pour la finale, ils ont carrément refusé de jouer. Inexistants dans le jeu de balle, ils ont excellé dans celui de la diversion, de la simulation et des provocations, à l'instar de leurs milieux Paredes, Mac Allister et Enzo Fernández, ce dernier se faisant expulser sur un énième tacle assassin peu avant la fin des 90 minutes. Il y a heureusement une fin à chaque chose. La séduisante équipe d'Espagne a mis fin à cette imposture, sauvant du même coup la Coupe du monde et le football.

Bravo à l'école espagnole du football, qui démontre sa solidité, non seulement avec ce second triomphe de la Roja au Mondial, mais également à travers le cinquième couronnement de rang en Coupe d'Europe des nations U19 de la sélection espagnole féminine des moins de 19 ans, intervenu le 10 juillet, et à travers les états de service des entraîneurs espagnols un peu partout, comme Pep Guardiola, qui vient de boucler un cycle vertueux de 11 ans à Manchester City, et surtout Luis Enrique, lauréat des deux dernières Ligues des champions avec le Paris Saint-Germain.

Après ces vives félicitations, il nous reste à saluer deux légendes qui ont tiré leur révérence à la Coupe du monde au terme de cette édition. Le génial Lionel Messi a épaté tout le monde pour sa sixième participation, conduisant son équipe à une troisième finale personnelle de Coupe du monde (2014, 2022 et 2026), où, à 39 ans, il a souvent joué l'intégralité des matches, prolongations comprises. Chapeau ! Chapeau bas aussi à Didier Deschamps, sélectionneur pendant 14 ans de l'équipe de France qu'il a conduite à deux finales de rang, remportant celle de 2018 et ne perdant celle de 2022 qu'aux tirs au but face à l'Argentine de… Messi. Dommage que ce technicien compétent se soit laissé aller à un peu de légèreté sur la fin : très déçu, il a posé cette question saugrenue en conférence de presse après l'élimination des Bleus : « Cet arbitre avait-il le niveau pour diriger une demi-finale de Coupe du monde ? » Le pauvre arbitre salvadorien Ivan Barton, irréprochable dans ce match, n'a rien fait pour mériter un tel mépris. Les grands champions, ce sont ceux qui savent aussi perdre dans la dignité. Parce que, définitivement, nul n'est l'enfant unique des dieux du football.

Emmanuel Gustave Samnick

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La rédaction (source rtbf.be) · N° 149 · 21 juillet 2026