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Nulle fatalité africaine en Coupe du monde

Côte d'Ivoire, RDC, Sénégal éliminés sur le fil : la « malédiction des fins de match » africaine n'existe pas. Le vent finit toujours par tourner.

Par Emmanuel Gustave SamnickL'Actu Sport N° 1478 juillet 2026Yaoundé

Il n'y a pas de fatalité dans le football. Ni en Afrique ni nulle part, parce qu'il y a tout simplement un temps pour chaque chose et que tout finit par arriver. Il faut d'emblée marteler cette vérité immuable que l'émotion et la déception des mauvais résultats, même s'ils sont obtenus en série, peuvent tendre à escamoter.

Depuis l'élimination cruelle des têtes d'affiche successives africaines à la présente Coupe du monde de football que sont la Côte d'Ivoire, la République démocratique du Congo et le Sénégal, j'ai tout entendu et lu sur une prétendue « malédiction des fins de match » qui empêcherait les équipes africaines d'aller loin dans la compétition-phare du football mondial. L'occasion est trop belle de céder à une telle analyse facile, puisque les Éléphants, les Léopards et les Lions de la Teranga sont tous sortis en 16e de finale après avoir livré des matches de très haut niveau et donné l'espoir qu'ils allaient l'emporter, avant d'être rattrapés sur le fil, quasiment dans le temps additionnel. Mais malgré la similitude des scénarios cruels (but fatidique encaissé à la 86e minute par les trois sélections citées), je pose la question : être battu dans les arrêts de jeu ou en toute fin de match, est-ce une spécialité des sélections africaines ?

Et le Brésil qui est tombé dimanche devant la Norvège en 8e dans les mêmes conditions ? Et l'Allemagne qui ne parvient pas à franchir le deuxième tour depuis son titre mondial en 2014 ? Et l'Italie, quadruple championne, qui ne parvient même plus à se qualifier pour une phase finale depuis trois éditions ? Et la finale de Champions League Bayern-Manchester United en 1999 ou celle de Liverpool-Milan AC en 2005 ?

Dans son édition de mercredi 1er juillet, le quotidien sportif français L'Équipe s'est intéressé à « la malédiction orange » pour parler de la troisième élimination de rang aux tirs au but en Coupe du monde des Pays-Bas, battus cette fois en 16e de finale par le Maroc, un pays… africain. Mais les Hollandais, eux-mêmes, ne se lamentent pas tant que ça, eux qui ont déjà disputé et perdu trois finales de la Coupe du monde (1974, 1978 et 2010) avec des générations dorées de joueurs. Ils sont persuadés qu'un jour viendra où le vent va aussi tourner en leur faveur. Comme il a tourné pour la France en 1998, alors que la presse hexagonale avait déjà multiplié les allégories sur la « malédiction des Bleus » et le « plafond de verre en demi-finale du Mondial », après les échecs à ce stade en 1982 et en 1986. Comme le même vent a tourné pour l'Espagne au Mondial 2010, prouvant que les échecs de la Roja auparavant ne relevaient donc pas de la malédiction.

Pour ma part, je suis trop fier de la prestation des équipes africaines dans ce Mondial 2026, où elles ont vraiment joué sans complexe. Plus fier encore de celles qui sont entraînées par des Africains et qui ont produit un football chatoyant comme la Côte d'Ivoire d'Emerse Faé, le Sénégal de Pape Thiaw et surtout le novice Cap-Vert de Bubista. Des erreurs de coaching, qui arrivent tout de même à tous les entraîneurs du monde, à Ancelotti, à Guardiola, à Klopp et autres grands noms, peuvent être reprochées à ces trois techniciens africains, mais le fond est admirable. Bravo !

Après avoir gagné deux Euro en 2008 et 2012, intercalés par une Coupe du monde en 2010, les analyses faciles proclamaient déjà qu'on était parti pour un long règne de la Roja sur le monde. Or, lors des trois éditions suivantes de la Coupe du monde à partir de 2014, l'Espagne pourtant devenue superpuissance du ballon rond a été éliminée dès le premier tour… C'était la malédiction de quoi ?

Emmanuel Gustave Samnick

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