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Football · Une-Deux

Claude Le Roy : « Partout où j’ai travaillé, on m’a demandé de revenir »

Le technicien français de 78 ans, redevenu sélectionneur du Congo, a tenu les Lions indomptables en échec (1-1) le 29 septembre à Brazzaville. « Claude l’Africain », qui n’a jamais sa langue dans la poche, analyse ce point précieux.

Propos rassemblés par Hervé Charles MalkalN° 157Page 2
Claude Le Roy en conférence de presse, en survêtement des Diables rouges du Congo.
Claude Le Roy, sélectionneur des Diables rouges du Congo.

Le technicien français de 78 ans a encore croisé le chemin du Cameroun, il y a pile une semaine, à l’occasion de la deuxième journée des éliminatoires de la prochaine Coupe d’Afrique des nations de football. Avec les Diables rouges du Congo dont il est redevenu sélectionneur depuis quelques semaines, il a tenu les Lions indomptables en échec (1-1) sur la pelouse déserte du stade Alphonse Massamba-Débat de Brazzaville. L’homme à la crinière blonde, ce bon « Claude l’Africain » qui n’a jamais sa langue dans la poche, a analysé devant les médias le précieux point pris le 29 septembre face aux Lions indomptables.

Alors, coach, ce match nul obtenu contre le Cameroun, vous vous dites que c’est un bon point pris ou alors vous avez des regrets au vu du déroulement de la rencontre que votre équipe a longtemps menée ?

C’est une performance qui donne satisfaction, mais qui laisse aussi des regrets. On n’était pas loin de l’exploit. Écoutez, le Congo est 133e au niveau mondial dans le classement Fifa, 39e équipe africaine… Et vous avez l’impression qu’aujourd’hui il y avait autant de différence entre les deux équipes ? Non. Moi, je ne cesserai de dire que ce pays, parce que je l’ai déjà vécu, je sais, regorge de talents. Une vingtaine de joueurs professionnels de talent qu’on aurait aimé avoir, mais ils ne sont pas venus. Je suis encore plus fier de mes joueurs aujourd’hui. […] Ils sont incroyables dans l’état d’esprit, dans la volonté, dans l’intelligence tactique…

Après la défaite en Namibie à la 1re journée, ce nul à domicile face au favori du groupe G, c’est une bonne base de travail ?

On sait qu’on a encore des domaines sur lesquels il faut travailler, mais globalement le match qu’on avait décidé de jouer tactiquement, on l’a appliqué à la lettre. C’est exactement ce qu’on voulait faire : porter le danger le plus rapidement possible et faire trembler ces Camerounais. Quand on voit les clubs dans lesquels jouent ces Camerounais, on aurait pu prendre peur. Mais non, mes joueurs ont appliqué à la lettre ce qu’on voulait faire. Ils ont été incroyables ! Quand je pense dans quelles conditions il a fallu constituer cette équipe du Congo… Le buteur congolais de ce match, Geltany Bantsiele, je l’ai découvert quand j’ai fait le stage des joueurs locaux ; il n’avait pas joué de match officiel depuis deux ans. Oui, il y a des raisons de croire en cette équipe. Ce qui nous a manqué, c’est de mettre ce deuxième but qui s’est pourtant offert deux ou trois fois…

Les supporters vous ont aussi manqué, puisque le match se jouait à huis clos ?

Je suis en colère. C’est comme si à la Confédération africaine de football, il y a des gens qui s’investissent seulement pour détruire le football de ce continent. Ils ont empêché 15 à 20 000 spectateurs congolais de venir supporter leur équipe nationale, de vivre ce formidable spectacle produit par les Diables rouges. Pour des motifs farfelus. Les Camerounais sont revenus dans le match sur un coup de malchance parce que notre gardien, Melvin Zinga, a été remarquable dans tout le match. Mais sur sa sortie avec le bras, il ramène le ballon dans son propre but. Le pauvre, il n’y est pour rien ; ce sont des faits de jeu ! […] Le Cameroun a eu beaucoup de chance de jouer à huis clos. Il faut dire que les joueurs des Diables rouges m’ont beaucoup touché et m’ont ému. Vous savez que je n’ai jamais pleuré dans ma carrière, mais voir la quantité d’efforts qu’ils ont pu faire intelligemment dans l’organisation tactique, dans un stade vide, sans leur public, moi je peux leur tirer un très grand coup de chapeau et je suis sûr d’une chose, c’est que ce point pourrait coûter très cher à la fin de la compétition. Il reste quatre matchs, on en a deux à domicile ; il faudrait qu’on aille faire un exploit à l’extérieur.

Un exploit qui pourrait vous mener à une dixième participation comme sélectionneur à la CAN…

L’exploit, ça sera aux Comores ou au Cameroun. Je n’aurai pas peur d’aller avec cette équipe-là au Cameroun, sachant qu’on a eu quand même beaucoup de pépins de santé, beaucoup de pépins physiques, et vous le savez très bien, beaucoup d’absences de joueurs qui vont peut-être se rendre compte que les Diables rouges, ce n’est pas n’importe quoi, et ça va peut-être leur donner envie de nous rejoindre dans les prochains mois.

Maintenant, je n’ai pas l’obsession de disputer une 10e CAN. À mon âge, je fonctionne au feeling. Je suis là parce que je sens que je peux encore aider à construire quelque chose. Mais j’ai aussi fait venir Omar Daf comme mon adjoint, parce que je pense que si je me sens dans l’impossibilité de continuer, Omar, qui a déjà fait ses preuves d’entraîneur, pourrait valablement prendre le relais.

Vous savez, les records sont faits pour être battus ! Mais pour moi, c’est un privilège d’avoir eu toutes ces opportunités de travailler en Afrique. Et ce dont je suis le plus fier, c’est que je n’ai jamais été licencié. J’ai toujours choisi de partir. C’est un véritable honneur. Partout où j’ai travaillé, on m’a demandé de revenir. Ça prouve que j’ai laissé une empreinte positive, et c’est une fierté pour moi.

Propos rassemblés par Hervé Charles Malkal

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