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Éditorial · CAN · CAF

La CAF fait la danse Bafia avec sa CAN

Dix mois après avoir annoncé une CAN tous les quatre ans à partir de 2028, la CAF fait machine arrière et maintient le rythme biennal. Un rétropédalage qui en dit long sur la gouvernance de Patrice Motsepe… et sur l’influence de Gianni Infantino.

Par Emmanuel Gustave SamnickN° 161Page 3
Emmanuel Gustave Samnick, directeur de la publication.
Emmanuel Gustave Samnick, directeur de la publication de L’Actu Sport.

On a parfois envie de parler d’autre chose, et de ne pas toujours revenir sur la Confédération africaine de football (CAF) et ses sempiternelles affaires compliquées. Mais depuis que l’instance faîtière du football continental est dirigée par l’homme d’affaires sud-africain Patrice Motsepe, elle donne du grain à moudre à la presse de façon permanente, et rarement pour qu’on se sente dans l’obligation de lui adresser des félicitations. Au contraire, la CAF ne fait rien pour polir son image, sans cesse écornée au rythme des scandales et à la cadence des décisions lunaires et des atermoiements qui rappellent tant la danse Bafia du Cameroun : « deux pas en avant, un pas en arrière », et d’ailleurs davantage un pas en avant et deux pas en arrière…

Jeudi dernier, 29 octobre 2026, la CAF a officiellement confirmé, par voie de communiqué, que sa compétition majeure et vache à lait, la Coupe d’Afrique des nations (CAN), allait finalement continuer à se jouer à un rythme biennal. Dix mois auparavant, en décembre 2025, Patrice Motsepe, prenant tout le monde de court, y compris certains membres du comité exécutif de la CAF, avait annoncé que la CAN allait changer radicalement de périodicité après l’édition 2027, pour se jouer, à partir de 2028, tous les quatre ans. Et comme c’est le miel qui sait attirer les abeilles, le patron du football africain avançait l’argument de gains financiers plus importants pour étayer sa réforme.

L’entourloupe n’a même pas eu le temps d’avoir un début de mise en œuvre qu’elle fait pschitt. Et, toute honte bue, M. Motsepe avance à nouveau des arguments financiers pour expliquer son rétropédalage. Subitement, les dirigeants de la CAF se rendent compte que la nouvelle CAN organisée tous les quatre ans, sortie de leur imagination fertile, « nécessiterait plusieurs années avant de pouvoir générer les ressources financières substantielles indispensables », lit-on dans le communiqué publié par l’instance. Ah bon ? Donc Motsepe et compagnie sont venus à la tribune de la Coupe d’Afrique des nations organisée en fin d’année dernière au Maroc faire une déclaration fracassante de changement de périodicité de la compétition, sans avoir mené la moindre étude préalable ? C’est grave, docteur !

On ne peut pas mener un continent ainsi en bateau. C’est révoltant ! Depuis la fin de l’année dernière, nous n’avons cessé de dénoncer la vacuité de l’argumentaire qui accompagnait l’annonce du changement de périodicité de la CAN, d’autant que cette révolution cancéreuse avait des métastases puantes : le bon Championnat d’Afrique des nations (CHAN), destiné à mettre en valeur les joueurs des championnats nationaux d’Afrique à l’heure de l’exode massif des talents vers d’autres continents, était supprimé sans autre forme de procès ; on promettait vaguement d’instituer une Ligue des nations très juteuse pour les 54 associations nationales participantes.

« Le comble, c’est que ce tango indécent n’est pas une idée originale des Africains, mais est manifestement dicté par le chef d’orchestre de la FIFA, Gianni Infantino. »

Le comble, c’est que ce tango indécent n’est pas une idée originale des Africains, mais est manifestement dicté par le chef d’orchestre de la Fédération internationale de football (FIFA), Gianni Infantino. C’est ce dernier qui avait émis cette idée loufoque d’une CAN tous les quatre ans dès 2020, et qui a poussé son allié (soumis) Patrice Motsepe à franchir le Rubicon fin 2025. C’est encore lui, vivement contesté sur son propre continent, l’Europe, à cause d’une autre affaire d’appât du gain liée à la commercialisation buissonnière de la Coupe du monde, qui est venu courtiser les voix africaines le mois dernier lors d’une « réunion stratégique » de la CAF tenue au Cap-Vert, en vue de sa réélection à la FIFA en mars 2027. Pauvre Afrique !

Emmanuel Gustave Samnick

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