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Éditorial · Ligue des champions CAF

Colombe de la paix

En se qualifiant pour la phase de groupes de la Ligue des champions africaine, Colombe du Dja-et-Lobo prouve qu’il n’y a pas de malédiction des clubs camerounais. Et s’offre gains sportif, moral et financier.

Par Emmanuel Gustave SamnickN° 160Page 3
Emmanuel Gustave Samnick, directeur de la publication.
Emmanuel Gustave Samnick, directeur de la publication de L’Actu Sport.

Le deuxième essai aura été le bon pour Colombe sportive du Dja-et-Lobo, qualifiée dimanche pour la phase de groupes de la Ligue des champions africaine de football en éliminant Teungueth FC de Dakar (0-2 à l’aller au stade Léopold-Sédar-Senghor une semaine plus tôt, puis 1-0 au retour disputé ce 25 octobre 2026 au stade Ahmadou-Ahidjo de Yaoundé).

Depuis que cette lucrative compétition a été lancée en 1997 par la Confédération africaine de football (CAF), le seul pensionnaire du championnat national du Cameroun à y avoir goûté a souvent été Coton Sport de Garoua, le recordman des titres de champion du Cameroun (18), qui frôla même le Graal en 2008 en étant malheureux finaliste face à Al-Ahly du Caire. Durant l’exercice 2000, Sable FC de Batié, le surprenant champion du Cameroun 1999, se mêla aussi brièvement à cette cour des grands qu’est la Ligue des champions…

Malgré une succession de revers ces dernières saisons, il n’y avait donc pas de malédiction des clubs camerounais dans la plus prestigieuse des compétitions africaines de clubs. Comment pourrait-il du reste en être autrement ? C’est bien un club camerounais, l’Oryx Bellois de Douala en l’occurrence, qui inaugura tout de même cette compétition, qui s’appelait dès 1965 la Coupe d’Afrique des clubs champions. Le Canon de Yaoundé (trois fois : 1971, 1978 et 1980) et l’Union de Douala (une fois, 1979) imitèrent par la suite l’Oryx, le club de Samuel Mbappé Leppé et de Jean-Pierre Tokoto. C’était à une époque où le football camerounais s’imposait seulement sur la scène continentale par ses clubs, avant que les Lions indomptables, à partir de 1982, ne se mettent à faire parler la poudre dans les tournois de sélections.

« Malgré une succession de revers ces dernières saisons, il n’y avait donc pas de malédiction des clubs camerounais dans la plus prestigieuse des compétitions africaines de clubs. »

La performance que vient de réaliser Colombe de Sangmélima n’est pas du tout banale. Le représentant camerounais intègre le cercle fermé des 16 clubs (sur 68 engagés au départ) qui poursuivent l’aventure dans cette saison 2026-2027, d’où a été éjecté – qu’on se le dise – le tenant du titre, Mamelodi Sundowns. Le chemin est encore long pour « l’oiseau du Sud » afin d’atteindre la victoire finale, comme le Canon de Yaoundé, dernier club camerounais vainqueur de l’épreuve, en 1980, au terme d’une finale mémorable contre l’AS Bilima du Zaïre (2-2 à l’aller à Garoua et 0-3 au retour à Kinshasa). Mais c’est petit à petit que l’oiseau fait son nid, n’est-ce pas ?

La saison dernière, Colombe de Sangmélima, tout frais champion du Cameroun pour la première fois, avait échoué aux portes de la phase de groupes de la Ligue des champions, sans perdre de match mais desservi par son inexpérience du haut niveau. Les dirigeants du club ont eu l’intelligence de ne pas tout chambouler. Le staff technique chapeauté par Richard Towa a pu continuer à travailler dans une relative sérénité. Même au cours de la présente saison, le club a encore fait des progrès : passé au 1er tour préliminaire sans marquer le moindre but (0-0 et 0-0, puis 4 tirs au but à 3) face au Stade malien, il a soigné son attaque lors du 2e tour préliminaire en inscrivant trois buts à son adversaire sénégalais, Teungueth FC. Et c’est ce travail de patience et d’apprentissage qui porte ses premiers fruits aujourd’hui.

Il y a déjà le gain sportif pour Colombe du Dja-et-Lobo, qui s’offre ainsi au minimum six matches internationaux diffusés en direct par plusieurs chaînes de télévision. Il y a ensuite le gain moral : voir et croire que le travail et les sacrifices ont payé, et que les portes du bonheur ne sont fermées à personne. Gain financier enfin, puisque chacun des 16 clubs qualifiés pour cette phase de groupes de la Ligue des champions de la CAF a la garantie de percevoir au moins 700 000 dollars, soit près de 400 millions de FCFA. Ce n’est pas volé !

Et s’il parvient à franchir cette étape, Colombe de Sangmélima verra encore sa cagnotte prendre de l’épaisseur : 900 000 dollars pour les quarts de finalistes, 1,2 million de dollars pour les demi-finalistes, 2 millions de dollars pour le finaliste et 6 millions de dollars pour le vainqueur. De quoi sécuriser le fonctionnement du club au moins pour toute la saison domestique à venir ! De quoi vivre en paix pour un bon moment !

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