L’appel de la sélection
De nombreuses stars ont récemment pris place sur le banc des grandes nations. Avec des salaires plus que respectables, même si le poste est moins lucratif qu'entraîneur de club.

C'est une bonne situation, ca, sélectionneur? Au risque d'être en désaccord avec Édouard Baer (*), on aurait tendance à répondre sans un grand monologue et par l'affirmative. Vous n'avez pas à animer des séances d'entraînement cinq à six jours par semaine en plein hiver, vous avez la pression du résultat tous les deux mois plutôt que deux fois par semaine. Vous avez de bonnes chances de participer à des compétitions prestigieuses comme la CAN, la Copa América, l'Euro ou même la Coupe du monde, sauf si vous êtes en poste en Italie. Et puis, vous êtes plutôt bien payé, surtout si vous êtes un entraîneur prestigieux voulu par une sélection en difficulté. C'est le cas par exemple de Carlo Ancelotti, pour lequel le Brésil a cassé sa tirelire (près de 10M€ par an) afin de tenter de redonner un peu de brio à une Selecao faible comme rarement dans son histoire. Afin de faire bonne figure pour la Coupe du monde qu'ils coorganisaient, les États-Unis n'avaient pas non plus lésiné pour attirer Mauricio Pochettino, troisième sélectionneur le mieux payé de la compétition (environ 6 M€). Dans le même genre, l'Ouzbékistan avait offert une coquette somme au champion du monde 2006 Fabio Cannavaro.
Une star pour redonner du prestige à la sélection Mais si de nombreux noms prestigieux ont récemment pris place sur des bancs de sélection, l'argent n'est pour autant pas la motivation première. Car la grande majorité d'entre eux ont accepté de gagner moins que ce qu'ils gagnaient en club. Jürgen Klopp? Il a pris la tête de la Nationalmannschaft pour environ 7 M€ annuels, soit grosso modo ce que touchait son prédécesseur Julian Nagelsmann. C'est 3 M€ de moins que ce qu'il gagnait comme directeur du football chez Red Bull et même trois fois moins que dans sa dernière année de contrat à Liverpool. Xavi? Lui aussi gagne la même somme que son prédécesseur Ronald Koeman (3 M€) avec les Pays-Bas. Et si des journalistes ont interrogé le directeur technique de la Fédération Nigel De Jong sur le bien-fondé de faire venir une star alors que des solutions moins coûteuses existaient (Michael Reiziger) et que les comptes étaient dans le rouge, la réponse a été claire. Priorité au fait de redonner du prestige à la sélection. Rationalité, oui, pingrerie, non.
De la Fuente et Scaloni hors du top 10 des meilleurs salaires à la Coupe du monde Même en Angleterre, l'heure n'est plus aux folies. Ce fut notamment le cas dans la décennie 2000, où les Trois Lions offraient des sommes mirobolantes à Sven-Göran Eriksson puis Fabio Capello, sommes qui revenaient comme un boomerang à chaque mauvais résultat. Le Suédois figurait même à l'époque parmi les techniciens les mieux payés du monde, clubs et sélections confondus, alors qu'aujourd'hui, même Ancelotti n'est pas dans le top 10. Arrivé en janvier 2025 sur le banc anglais, Thomas Tuchel touche la même chose que Gareth Southgate, un profil moins clinquant. Surtout, il a divisé presque par deux son salaire de chez les Blues. Le rêve initial de faire venir Pep Guardiola était en revanche compliqué, financièrement, car le Catalan gagnait plus de 20 M€ à Manchester City, même si des discussions avaient quand même eu lieu. Les Fédérations savent se montrer créatives lorsqu'elles manquent de moyens. En Italie, le salaire du sélectionneur étant limité statutairement, les dirigeants ont trouvé une astuce pour pouvoir se payer Antonio Conte, en 2014 : qu'une partie des émoluments soit réglée par les sponsors de l'équipe nationale. Ce fut également le cas lors du premier mandat de Roberto Mancini, que l'on voyait régulièrement dans des spots publicitaires de partenaires de la Nazionale avant qu'il ne parte pour un contrat bien plus intéressant financièrement en Arabie saoudite. Autre curiosité, ce ne sont pas nécessairement les sélections aux meilleurs résultats qui paient le mieux. Selon le site portuqais financefootball.com, les deux finalistes de la Coupe du monde, Luis de la Fuente et Lionel Scaloni, ne figuraient pas dans le top 10 des sélectionneurs les mieux payés du Mondial. L'Argentin avait pourtant prolongé quelques mois après son titre en 2022. L'Espagnol, lui, a plus que doublé ses émoluments lors de sa prolongation XXL de la semaine passée, jusqu'en 2032. Mais sans atteindre des sommes astronomiques (moins de 5 M€ brut annuels), l'argent n'étant pas la motivation première. Il en a plaisanté en disant que sinon, il serait parti en Arabie saoudite. C'est là que se trouve l'entraîneur le mieux payé du monde, l'Italien Simone Inzaghi, et ses quelque 25 M€ annuels dans le club d'Al-Hilal. (*)Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre, 2002.

